mardi 5 juillet 2016

TEDXBrexit Episode 2: de la crise de gouvernance européenne au manque d’eau

Nous vivons une crise de gouvernance disais-je dans mon dernier article.  Les Britanniques tomberaient dans le regret et la sidération pendant qu’en Europe on s’efforcerait de profiter de ce concurrent qui défaille. Pour moi, ces deux attitudes ne témoignent que des étapes intermédiaires du deuil. Dépassons-les avec de vraies intiatives. 

Résumé des idées de cet article : 

Traversons les différentes phases du deuil dans lequel nous plonge le Brexit. Que faire pour fédérer les français et leurs alliés (où qu’ils soient) pour se donner de vrais projets communs et à cette occasion, réinventer une Gouvernance européenne digne de ce projet ?
  1. La refonte du projet européen doit se faire en prenant en compte la crise de gouvernance qui touche l’Etat français.
  2. Facteur déclenchant du Brexit, la question de l’immigration est centrale.
  3. La vague actuelle d’immigration a sa racine dans le manque d’eau tout autour de l’Europe.
  4. Trouver de l’eau est une priorité pour les « voisins » de l’Europe.
  5. Rechercher de l’eau pourrait être un élément fondateur d’une politique extérieure d’un vrai projet
Rappels sur la crise de gouvernance à partir du point de vue français
Notre Etat-France ne se réforme pas de lui-même en tous cas pas par son sommet ni par ses institutions et nous nous résignons peu à peu à reculer sur tous les plans dans l’espoir de sauvegarder des avantages et les apparences d’un statu quo social et économique qui s’érode comme s’effritent les falaises du pays de Cau … Il s’ensuit que nous nous morfondons de voir que le seul Etat européen disposant des moyens financiers et de la crédibilité nécessaires à toute action qui jadis parlait à notre imaginaire national, c’est l’Allemagne parce que ce pays a été meilleur gestionnaire de ses efforts !
Nous avions cru sortir par le haut en créant un super-Etat européen qui, au début, devait nous permettre de vivre en paix avec l’Allemagne (ce qui est fait aujourd’hui) et par là de « voyager en 1ère classe avec un ticket de seconde ». Sous-entendu, c’est l’Allemagne qui paierait indéfiniment la différence. Mais voilà qu’Angela a légitimement d’autres priorités !
En additionnant nos diverses envies de prospérité, nos faiblesses et nos égoïsmes européens, nous devions créer une sorte « d’Etats Unis d’Europe » poursuivant ainsi le rêve de l’ancienne « grande nation » (la France) du 18ème siècle qui voulait éclairer le monde … Évidemment, pour d’autres il s’agissait plutôt d’une sorte d’union douanière étendue à partir de l’ancienne AELE. En fait, cela donne plutôt l’image d’une collection d’états-croupions encadrés par une bureaucratie non élue au service d’une zone euro tournée vers l’Est parce que c’est l’Allemagne qui en est le syndic de copropriété.
Les priorités affichées par Merkel et Hollande et par la commission sont la protection et la sécurité. Je crains que cela projette une vision bien étriquée pour ressembler à un projet enthousiasmant qui vaille que l’on ait envie de réinventer pour lui une vraie Gouvernance. Pourtant le 28 Juin, les parlementaires français prenant part au débat sans vote sur les conséquences du Brexit l’ont tous dit avec intelligence et un certain talent oratoire (pour une fois cela sonnait vrai) : il faut refonder le projet européen ! Oui mais lequel ? Plutôt que de parler de programme, je voudrais partager quelques inspirations à la marge qui pourront vous sembler éloignées mais qui me semblent faire sens, libre aux politiques de se les approprier. Elles viennent tout droit de mes rencontres au fil des TEDx …
Un facteur déclenchant : l’immigration
Tous les analystes le disent, les britanniques ont voté en faveur du Brexit pour rétablir des frontières. Il est vrai que pour eux, les immigrés gênants sont davantage les lettons et les polonais que les Syriens et les Afghans accourus en Allemagne ou parqués à Sangatte. Pourtant en ce domaine, la remarquable Angela qui suffit désormais à influencer toute seule la Commission Européenne a récemment commis une grosse double faute politique :
  1. Ecoutant l’élan de son cœur (et aussi pour compenser la démographie défaillante de l’Allemagne), elle a voulu montrer la voie de l’accueil des réfugiés à une Europe apeurée. Et si de ce fait, les britanniques n’étaient pas les seuls à vouloir reconstruire des murs ! 
  2. Ensuite, en réalisant son erreur, elle a fait aux Turcs, au nom de l'Europe, la proposition que ceux-ci jouent les gardes-frontières contre les hordes de réfugiés d’Asie et du Moyen Orient en attendant d’adhérer à l’UE … ce qui n’est pas près d’arriver car la Grande Bretagne qui y était favorable ne sera plus là pour défendre cette idée !
Partons donc par hypothèse de l’idée que l’immigration est un facteur déclenchant majeur probable du Brexit et aussi le sujet de prédilection avéré des « populistes » européens de droite comme de gauche. Peut-être qu’en déterrant cette racine-là de notre problème pour l’examiner plus avant, découvrirons-nous l’idée d’un projet fondateur ?
La racine du problème
En simplifiant à l’extrême, ce qui a déclenché ce Brexit et nous oblige à nous poser de vraies questions existentielles ce serait l’évidente passivité de notre Super-Etat européen et de l’inerte Etat-France face à la peur que les immigrés inspirent aux européens …!

Qu’est-ce qui pousse les flots de réfugiés actuels ? … les guerres diverses en Afrique, Moyen Orient et Asie et la misère de peuples d’agriculteurs et de pasteurs ayant perdu leurs moyens de subsistance ultimes.

Comment se nomme le plus souvent l’ennemi ? Daesh et les islamismes radicaux… comme partie visible de l’iceberg.

Qu’est qui cause Daesh et les divers islamismes radicaux ? L’impérialisme occidental ; l’argent du pétrole ; le dogmatisme opportuniste des islamistes ; l’ignorance et la vulnérabilité des peuples sacrifiés qui nous entourent …

Et qu’est-ce qui cause la misère des peuples qui nous entourent et cette perte des moyens ultimes de leur subsistance ? … le manque d’eau : dix ans de sècheresse au Moyen Orient, la désertification du Sahel, le tarissement des sources et l’assèchement des mers intérieures en Asie Centrale !

Or quel est l’atout géopolitique de notre « gentil » garde-frontière turc ? Il contrôle quasiment toutes les sources d’eau du Moyen Orient en plus d’une grande partie des routes de l’immigration terrestre vers l’Europe. Et que se passerait-il si soudain ce pays, déjà dirigé par un islamiste autoritaire proche des religieux radicaux, faisait connaître aux kurdes le sort des arméniens et décidait de dicter ses conditions à l’Europe comme aux peuples de l’ancien croissant fertile sous prétexte que des attentats ont maintenant lieu chez lui ?
Le manque d’eau est une clef indirecte mais majeure de la géopolitique européenne !
Al Gore, le GIEC et les écologistes nous ont convaincus avec pas mal d’arguments pas tous spécieux que nous subissons un réchauffement climatique généralisé … C’est d’ailleurs devenu une idée admise au point que 189 Etats ont ouvert la voie, lors de la COB21 à Paris, à un impôt mondial annuel de 100MM$ pour faire baisser les émissions de CO2 à l’horizon visé de 2100 dont l’effet sera … négligeable selon divers instituts indépendants dont le MIT. Et si la priorité était ailleurs comme je me le demandait déjà ici ?
La véritable crise du réchauffement climatique, nous la vivons déjà indirectement en Europe sur le plan politique avec cette vague d’immigration. Il ne s’agit plus d’un débat abscons sur une hausse possible ou probable des températures moyennes globales dans 85 ans mais d’une crise réelle et actuelle d’adaptation de l’Europe à la situation d’urgence que connaissent les peuples de ses périphéries Sud et Est. Et sa une cause ultime est connue : le manque d'eau.

Et si un projet « fondateur » pour un pays comme la France et une alliance comme l’Union Européenne consistait justement à traiter les causes du problème là et où il se pose et non ses conséquences chez nous alors quand il est trop tard ?
Une première idée: trouver de l’eau dans le désert !
Pour cela, je vous parlerai la prochaine fois d’un explorateur et inventeur, Alain Gachet, rencontré en Mai à TEDxMinesNancy et qui sait comment trouver de l’eau dans le désert pour stabiliser les populations en Etat d'urgence ce qui pourrait servir à développer l'économie rurale de façon plus générale dans les zones connaissant des sécheresses à répétition. 

Alors qu’un tel homme est encore bien seul, quelque chose me dit que nous avons justement, nous français, les clefs complémentaires pour faire réussir ce type de projet.
Je suis en effet convaincu que cette idée de creuser des puits, associée d’autres dont je parlerai plus tard, est plus qu’une simplification abusive mais bien un levier d’action majeur sur ce qui :
  • d’une part, a pu être l’origine ultime du basculement du vote sur le Brexit et d’autres à venir: migrants-réfugiés, populisme, survie dans les régions qui entourent l’Europe …
  • d’autre part, pourrait donner un élan nouveau et une cohérence à l’action nationale, au dessein européen, à la motivation collective.
Ce levier et quelques autres sont à mon avis à mettre au centre des projets français et européens à l’heure où tous les politiques français sérieux appellent de leurs vœux la refondation d’un projet européen.

lundi 27 juin 2016

TEDxBrexit Episode 1 : « comment sortir d'une vraie crise ? »

Le Royaume Uni quitte l’UE. Je n’y croyais pas. Mais, c'est fait. 

Au lieu d'en avoir peur, de chercher à minimiser  l’événement ou de vouloir punir les Britanniques, c'est à dire réagir comme les médias cherchent à nous faire réagir habituellement, je me suis demandé s'il n'était pas possible parler de cet événement sous l'angle utile du traitement d'une crise. Parlons-en comme nous le ferions si nous avions à monter un TEDx sur un sujet qui serait « surmonter la crise » que nous l'appellerions par hypothèse: TEDxBrexit.

Oser un regard différent

Pourquoi parler de TEDx ici ? Parce que cet ensemble d'événements et ce mouvement s'affirment non pas seulement comme un média alternatif mais comme une méthode délibérée permettant, au contact de gens de convictions, éduqués et imaginatifs de visualiser la réalité selon un tout autre prisme que celui que proposent nos médias habituels.
  1. Première hypothèse : je vais donc vous proposer une série d'articles comme si j'avais à traiter des crises en partant de celle du Brexit, exactement comme si j'étais le curateur de cet hypothétique TEDxBrexit.
  2. Deuxième hypothèse : acceptons de partir de l'état émotionnel dans lequel nous plonge collectivement le choc du Brexit.
A partir de ces deux hypothèses, voici donc le premier « talk » que j'aimerais entendre pour commencer à regarder les choses autrement en essayant de voir si les étapes du deuil pourraient convenir à la situation européenne.

Accompagner un deuil : un outil

Pour cela donnons-nous un petit outil psychologique, le schéma émotionnel empirique des étapes du processus de deuil tel que mis en évidence à l'échelle individuelle par la psychiatre Elizabeth Kübler-Ross (photo
ci-contre). Suivant les versions, il y aurait entre 4 et 7 phases. J'ai choisi de les regrouper en 4 pour faire court. :
  1. le choc : l’annonce d’une rupture, conduisant à un constat, elle laisse le sujet sans émotion apparente. Le terme de sidération peut convenir pour qualifier sa réaction. Lui succède le déni : le refus de croire l'information. Sont utilisés des arguments et la contestation. Le rejet de l'information fait place à une discussion intérieure ou/et extérieure.
  2. la colère et le marchandage... : confrontation avec les faits qui engendre une révolte, tournée vers soi et vers les autres.
  3. La tristesse : état de désespérance. « Ce n’est pas juste, mais pourquoi ? » . Puis vient la résignation : abandon de la lutte au cours de laquelle le sujet a le sentiment d'avoir tout essayé pour revenir à la situation perdue.
  4. L'acceptation  de la perte : le sujet devient capable de garder les beaux moments mais aussi les moins bons. Il retrouve confiance. Puis vient la reconstruction : le sujet en deuil prend conscience qu'il est en train de se réorganiser pour répondre aux obligations liées à sa vie en société.
Brexit, une crise « familiale »

Par hypothèse, nous vivons donc un déchirement presque familial car comme le montrent la photo
ci-contre, les peuples sont devenus beaucoup plus proches qu'il y a deux générations. Le déchirement est indéniable. Par exemple, beaucoup de Britanniques ont acheté leurs maisons de retraite en France (en Normandie ou dans le Périgord), Londres est devenue la deuxième ville française ou presque avec tous ces jeunes français qui travaillent dans les restaurants, les banques, la City ou les start ups … Les étudiants en programmes Erasmus ou autres se déplacent librement dans toute l’Europe et adorent cela comme l’ont fait mes enfants eux-mêmes ...

Brexit, un deuil collectif

Nous vivons donc le choc d'une séparation parfois personnelle. C'est ce que traduisaient les titres au lendemain du vote. Notre réaction suivante est bien le déni : « ce n'est pas possible, et puis cela ne changera rien ... ». J'ai écouté notamment des économistes comme Jean Marc Daniel que j'apprécie beaucoup par ailleurs, nous expliquer avant et après l’événement sur BFM Business qu'il y aurait des adaptations sur les marchés et que l'on adapterait les traités mais que l'un dans l'autre, rien ne changerait vraiment … On ne veut pas y croire. Même les partisans anglais du « Leave » négocient maintenant des délais. On pense qu'on va se réveiller pour constater que l'on a fait un mauvais rêve …

Mais peine perdue, passée la stupeur initiale et cette phase de déni, il faut se rendre compte que la réalité est bien là. Vient alors la colère de certains : « on va le leur faire payer ! « On va leur envoyer les immigrants qui campent à Sangatte ! » ou bien nos gouvernements veulent aller vite. A Londres, certains tentent un marchandage avec cette pétition qui a déjà reçu des centaines de milliers de soutiens et qui vise à proposer l'indépendance de la ville de Londres pour lui permettre de revenir dans l'Union ! »

Bientôt tristesse et résignation arriveront à leur tour. Et il va falloir agir pour accepter et reconstruire autre chose. Personne ne sait ce qu'il va en sortir. Par contre, au niveau émotionnel, la famille se sépare bel et bien, c'est donc bien d'un traumatisme que nous parlons, c'est donc bien un deuil que nous allons vivre, mais un deuil de quoi au juste ?

Brexit, une crise en Europe

D'évidence, le départ du Royaume Uni de l'Union pose un problème existentiel à celle-ci. Il n'est pas question ici comme en 2005 à l'occasion du référendum français sur le traité de Maastricht de passer outre le résultat du scrutin, et dans ce sens, il est heureux que les Britanniques, eux, à la différence du Gouvernement Sarkozy, respectent leurs électeurs … Il demeure que pour le reste du monde, cette séparation fait désordre et diminue la crédibilité de l'Europe pourtant déjà bien faible.

Les plus réalistes des commentateurs nous font savoir que cet événement doit nous obliger à repenser le fonctionnement de l'Europe et j'ajouterais que pour cela, il serait urgent de pouvoir répondre de manière actualisée à la question : « Pourquoi l'Europe ? » Nous avions l'habitude de répondre à cette question par le fait que sans nul doute, l'Europe avait permis de sortir de la spirale des guerres des XIXème et XXème siècles. 

C'est vrai, le processus d'intégration a produit cet effet bénéfique-là et pourtant, il est simplement réaliste de constater que depuis 20 ans, il ne se passe plus rien. Peut-être ce processus a-t-il fait son temps ? Peut-être faut-il maintenant à l'Europe une autre gouvernance ? Et pour cela, il lui faut un autre projet. J'aurai l'immodestie d'en proposer quelques-uns dans les prochains articles qui nous permettrons de regarder au-delà de la France et de l’Europe et au-delà du court terme.
Brexit, une crise nationale, des crises nationales
D'évidence également, le Brexit pose un problème existentiel au Royaume Uni. L'Ecosse a voté majoritairement pour le « Remain » ainsi que l'Irlande du Nord et que la ville de Londres. Si l'Ecosse décidait d'actualiser sa position et de rester dans l'Union, son Premier Ministre parle de référendum pour quitter le Royaume Uni … 300 ans d'histoire commune suite aux « Actes d’union » s'achèveraient donc … et le célèbre Union Jack n’aurait plus de raison d’être !

Et tendons l'oreille du côté de ces partis que l'on appelle « populistes » partout en Europe. Comme le Ukip britannique, ils demandent un référendum et que l'on le respecte. Déjà, on annonce plusieurs pays partants … De nombreuses crises nationales couvent donc un peu partout car c'est la place et le rôle des Etats nationaux qui est indirectement questionnée.

En France, on entend M. Fillon nous dire par exemple que si le couple Franco-allemand est en panne et donc la dynamique européenne, c'est parce que les allemands n'ont plus confiance en la France. Et comment leur donner tort quand les français eux-mêmes n'ont plus confiance en leurs gouvernants, droite et gauche confondus ?

Cette confiance envolée est à relier avec l'impossibilité apparente de notre pays à se réformer sur le plan de ses institutions politiques et représentatives. Comment la France entendrait-elle donc peser sur les affaires de l'Europe et du monde ?

Au-delà du pourquoi de l'Europe, c'est donc indirectement le pourquoi de la France et de pas mal d'Etats européens qui se pose en plus de celui du Royaume Uni. Quand une famille se désunit, c’est toute la famille qui souffre.

Après le Brexit, vers une nouvelle forme de gouvernance ?

Remise en cause des Etats et du Super-Etat européen dans un contexte « global » quelles que soient les remises en causes sociales que cela implique, grande facilité de communication et d'information grâce au web et malgré les risques de « hold up » informationnels que cela implique sous forme d'idées-reçues et de théories du complot … tout cela indique comme je le dis dans ce blog depuis plusieurs années que c'est à une crise majeure de la Gouvernance que nous faisons face. Une crise où les types de contrôle et de pilotage que nous connaissions : représentation politique, « démocratie » appuyée sur des partis centenaires, syndicats et autres institutions représentatives tout aussi anciennes et financées par l'Etat ont perdu depuis longtemps toute légitimité, toute crédibilité et toute représentativité. Ouille, ça se corse !

Passer au-delà des émotions immédiates à l'issue d'un événement aussi critique que ce Brexit, impose de se questionner vraiment et sans indulgence avant de pouvoir accepter et reconstruire de nouveaux projets. Et là, ce n'est pas gagné car il semble que nos politiques, leurs commentateurs des médias ordinaires et in fine leurs électeurs sont loin d'avoir le niveau d'exigence, de conscience et d'appétit de savoir et d'action que les experts qui parlent dans les TEDx ni que leur public.

Et pour quels projets ?

Pourtant, c'est à partir de mes expériences récentes et de mes rencontres TEDx que je me permettrai dans mes prochains articles d'évoquer des projets ambitieux et qui dépassent l’événement mais possibles pour l'Etat-France et peut-être pour nos alliés d'Europe et d'ailleurs car ce que l'on entend dans les Tedx me semble de nature à relancer le rêve et sans doute aussi quelques actions majeures le temps que la Gouvernance encore en vigueur fasse sa mue.

lundi 16 mai 2016

URSSAF vs UBER: logistique de l'avoine ou du carburant ?

L'URSSAF d'Ile de France attaque la plateforme UBER devant le tribunal des affaires sociales et au pénal apprenait on ce week end. Voyons en quoi cette affaire entre "détournement des droits légitimes des travailleurs" et "mutations sociétales" nous concerne au plus haut point.


Le point de départ de l'affaire
L'URSSAF estime qu'il existe un lien de subordination: le chauffeur indépendant est dépendant de la plateforme pour son activité (ce qui est totalement vrai), il est en situation de salarié et doit donc être requalifié comme tel et donc la plateforme doit s'acquitter des charges sociales afférentes (ce qui est l'objet du questionnement). Il s'agirait de quelques millions d'euros déjà en Ile de France.

Selon Libé : l’Urssaf a «transmis un procès-verbal de travail dissimulé au procureur de la République de Paris, fondé sur le principe du détournement de statut … [et] produit la démonstration qu’il existe un lien de subordination entre Uber et ses chauffeurs»… C’est Uber qui recrute, qui forme, la commission est plafonnée, ils prennent un pourcentage dessus, la course n’est pas libre, les chauffeurs doivent rendre des comptes... Toute une série d’éléments montre que le salarié travaille bien dans le cadre d’un service organisé par Uber pour le compte de l’ensemble des chauffeurs … Et sur le plan pénal, il s’agit bien d’un montage: Uber a intentionnellement organisé une forme de détournement de statut ».


Le règlement pragmatique du conflit

Le même problème s'est posé à New York. Le pragmatisme New Yorkais l'a emporté quand les politiques ont réalisé que UBER était le seul moyen de faire entrer des milliers de banlieusards pauvres dans l'économie officielle ! 

Peut-on s'attendre à cela dans cette affaire quand on sait que le secteur des chauffeurs de VTC, pris dans son ensemble, serait le premier employeur déclaré du "9-3"?

Défense et illustration de l'ordre social français

Réponse non. Ni les politiques du "9-3" ou d'ailleurs, ni les citoyens, ni les chauffeurs, ni les clients n'ont les manettes. L'URSSAF est une organisation qui représente un monopole administratif national qui assigne une entreprise devant une juridiction administrative qui lui est spécifique. Pour cet aspect de la plainte, la voie de recours est la chambre sociale de la Cours d'Appel puis la Cours de Cassation. L'autre plainte suivra les voies pénales normales. Dans les deux cas, pas moins de 6 ans seront nécessaires soit plus d'une législature. 

Donc l'affaire ne concerne ni les politiques actuels ni ceux qui remplaceront ceux qui seront élus à toutes les élections prochaines ! Autrement dit, cette affaire qui me semble être la vraie loi travail du moment, sera arbitrée entre des fonctionnaires et des magistrats tous nommés, déjà en poste et ne rendant de compte qu'à leurs administrations respectives !

Pourquoi est-ce si important ?

Parce que cette affaire ne concerne pas qu'UBER mais toutes les plateformes d'intermédiation et, au delà, un changement de société. Il existe déjà des coursiers qui attaquent au prud'homme des plateformes comme TOK TOK TOK mais aussi des quantités de sous-traitants dans les transports où c'est la règle et non l'exception et dans bien d'autres secteurs qui peuvent à l'identique s'en prendre sur le plan social à leur unique donneur d'ordre si celui-ci l'a mis en situation de "subordination". Parfois, ils feraient bien, comme par exemple EDF vis-à vis d'AREVA; mais ceci est en revanche une autre histoire ...

L'URSSAF attaque et c'est UBER qui est mis en accusation. Sans doute est-il le bouc-émissaire tout trouvé représentant le méchant capitaliste. Sans doute est-ce vrai d'ailleurs car dans la chaîne de valeur, ce n'est pas le chauffeur qui y gagnera le plus à terme. Cela dit, des sondages indiquent qu'une écrasante majorité des chauffeurs de VTC rejoint la plateforme pour préserver son autonomie ... Et le client de base s'y retrouve: des véhicules propres, des chauffeurs polis, des véhicules disponibles plus rapidement et des prix inférieurs !

C'est important en outre parce que d'autres idées-reçues sur l'organisation de l'Etat commencent à être remises en cause et pas seulement par des rêveurs ou des TEDxers comme moi. La droite s'intéresse au revenu minimum inconditionnel qui suppose la mise à plat de tout l'Etat providence. La gauche s'intéresse au niveau local aux monnaies complémentaires qui un moyen concret de remettre en cause la "tyrannie" bruxelloise. Même si ces thèmes sont encore le fait de minoritaires, remettre en cause la redistribution et la monnaie sont des événements majeurs encore sous la couverture radar mais réels. D'autres batailles entre anciens et modernes se préparent donc !

Et si le problème était mal posé ?

Et si le problème était plutôt l'URSSAF et son financement et non UBER ? Cet organisme cherche naturellement à garantir son "P&L" dans le cadre de sa rente monopolistique légale. Rien de plus normal de son point de vue. Or, il y a déjà plus de 10% de travailleurs non-salariés en France, 2,8M sur 26,6M selon l'INSEE en 2014 (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=natnon03146). Et leur part augmente. Il y a donc péril pour l'URSSAF si des plateformes privées viennent professionnaliser des secteurs entiers. 

L'URSSAF l'a bien compris d'ailleurs et ceci avant l'arrivée d'UBER. Je suis intervenu depuis plusieurs années dans un centre de formation professionnelle comme professeur vacataire et il m'a fallu accepter pendant plusieurs années des conditions de salarié (moins intéressantes pour moi) parce que cet organisme était sous le coup de la même procédure et pourtant il n'y avait vraiment pas de lien de subordination. Dans ce cas, l'URSSAF a finalement perdu et j'ai pu facturer mes honoraires via ma société mais pendant ces années-là j'ai payé trop d'URSSAF ! C'est toujours ça de pris pour l'URSSAF, c'était neutre pour l'organisme et perdant pour moi !

Si l'URSSAF gagnait à terme, cela signifierait que toute participation à une plateforme collaborative pourrait être assimilée à un lien de subordination et rendrait ainsi le statut de chômeur plus intéressant sans parler des activités "à côté" pour beaucoup de travailleurs "de base". Et pourquoi pas des plateforme d'intermédiation sur le "dark web" qui ne se limiterait pas à la drogue ou au porno ? En attendant, la situation risque d'être gelée. Ce serait toujours ça de pris pour l'URSSAF et de perdu pour l'UNEDIC car les chômeurs tentés de passer au statut d'indépendant en seraient dissuadés.

Et si le problème posé était celui de notre structure étatique et administrative ?

Jean Marie Domenach, le regretté chroniqueur notamment de l'Expansion, écrivait il y a trente ans au moins que nous devrions prendre garde à ce qu'un statut en or massif ne devienne une cage dorée. Nos cadres juridiques et administratifs verrouillés encore pour de nombreuses années correspondent bien à l'économie des années 60/70 où la règle de l'activité était l'emploi salarié et l'alpha et l'oméga de l'emploi salarié était le fonctionnariat...

Dans notre contexte actuel, le cas de l'URSSAF contre UBER est emblématique d'une lutte parfaitement légitime et conforme à l'Etat de droit en vigueur lequel est, lui, de plus en plus en décalage avec les contraintes économiques et sociales. Six ans pour trancher hors toute intervention politique et encore moins démocratique dans ce contexte, équivaut à ne pas trancher et donc à faire supporter à l'ensemble du corps social le boulet de l'URSSAF et de tout un arsenal administratif dépassé pour au moins 6 ans alors qu'il faudrait au contraire "l'UBERISER" d'urgence. 

Pendant ce temps, le monde change partout plus vite que chez nous. Le chinois habitué à trouver un UBER à New York et découvrant à Roissy qu'il faut en passer par le racket des taxis traditionnels pourrait bien décider de s'installer à Londres ou à Genève s'il lui faut vraiment un siège en Europe (pas sûr) ... Les infrastructures classiques de la France ont fait sa force à une époque, sa rigidité pour en changer et adopter des formes de fonctionnement plus fluides deviennent son handicap majeur.

Ou alors celui d'une gouvernance obsolète incapable de se transformer ?

Comme en 1940 (lire l'ouvrage de Marc Bloch que j'ai réédité: l'Etrange Défaite) où l'armée française s'entêtait à donner la priorité de sa logistique à l'avoine pour ses chevaux et non au ravitaillement en carburant de ses blindés, nous appliquons un cadre désuet dans l'espace économique d'aujourd'hui . Et comme en 1940, nous ne nous donnons pas la possibilité de corriger ces situations à la vitesse correspondant au changement de la situation. 

Les exemples que je donne ne sont pas le petit bout de la lorgnette, ils sont l'application dans le détail d'une pensée et d'une gouvernance complaisantes et dépassées. Simplement, vous avez vu la taille des détails ? Et leurs conséquences supportées dans le passé comme celles qui nous attendent maintenant sur l'emploi et sur la croissance ?

Mais que faudrait-il faire ?

Que faut-il opposer à toujours plus d'une "solution" rigide et dépassée dans cette situation nouvelle qui se confirme et se renforce ? Le temps du débat sur les bienfaits comparés du libre-échange et du protectionnisme est passé depuis deux siècles et demis. La France avait déjà pris les mauvaises décisions alors et n'a recollé à chaque fois au peloton qu'avec retard et après des remises en causes douloureuses pour sa population et notamment pour ses membres les plus exposés.

C'est le modèle social français qui nous bloque. Il demeure arque-bouté sur une pensée Colbertiste visant à protéger une société d'abord agricole en retard sur le plan industriel puis dirigiste et ingéniériste face à une concurrence commerçante agile venue d'un ailleurs où l'on sait mieux et plus vite jouer sur l'initiative individuelle ... 

Je suis partisan des solutions en apparence paradoxales. Les libéraux, très minoritaires dans la population et parmi les élus de tous bords, en ont certaines. Comme mettre l'URSSAF et la sécu en concurrence et proposer diverses assurances sociales par divers opérateurs aux travailleurs indépendants. Comme accélérer la mise en concurrence de UBER afin qu'un indépendant puisse se positionner sur plusieurs plateformes de courses mais aussi d'autres prestations de service. Il pourrait ainsi être libre de choisir sa couverture et les activités qui lui conviennent le mieux ... 

Seulement, il faudrait cesser de voir le travailleur comme une victime ou comme un délinquant potentiel mais comme un entrepreneur !

En quoi sommes-nous concernés ?

En rappelant sans arrêt au pouvoir les hommes qui s'y succèdent depuis des décennies et leurs successeurs, nous sommes tous responsables de laisser faire une administration et une justice qui n'ont jamais été là pour diriger. Finalement, nous trouvons que la soupe est bonne et qu'il vaut mieux la certitude de supporter une administration rigide et trop coûteuse plutôt que le risque de la libre entreprise !

Les reculades de l'Etat Hollandiste comme ce fut aussi le cas de l'Etat Sarkosiste laissent à penser que nos "généraux" actuels laisseront les états majors administratifs et judiciaires organiser avec soin la logistique de l'avoine plutôt que l'approvisionnement des blindés. Traduction: que l'URSSAF gagne ou perde dans 6 ans contre UBER et si rien d'autre n'intervient, l'économie française continuera son recul et l'activité des plus humbles (et des autres aussi !) continuera à être plus difficile !

vendredi 8 avril 2016

Le Dire et Faire de la prise de parole

Ca y est, j'ouvre un autre blog "Le Dire et le Faire" sur Word Press cette fois. Celui-ci va continuer sur blogger avec des articles généraux alors que le nouveau blog est dédié à la prise de parole et à TEDx. 

Pour l'inaugurer voici donc un article suite à un événement auquel j'ai assisté comme simple spectateur mais qui m'a conduit à faire quelques réflexions que je partage:


http://www.ledireetlefaire.fr/incarner-le-message-selon-le-contexte/

Bonne lecture et n'hésitez pas à y laisser un commentaire.


dimanche 21 février 2016

Votre histoire n'est rien, ce qui compte c'est l'histoire que se raconte celui qui vous écoute


http://www.widoobiz.com/a-la-une/didier-chambaretaud-nous-livre-ses-5-points-pour-reussir-sa-presentation/66980
Qu'il est donc difficile de communiquer ! Mon dernier livre que j'ai annoncé dans le dernier article de ce blog commence à obtenir quelques papiers ou relais et c'est bien. Je voudrais juste partager ma réaction concernant un petit article de Widoobiz paru Vendredi dernier. Je le salue car il contribue à donner un peu de visibilité au livre et il me donne en plus l'opportunité d'en tirer une leçon. 

Vous pouvez trouver l'article de Widoobiz en cliquant sur la photo ci-contre ou sur le lien ici.

Contexte de l'article

Jeudi matin, Eyrolles l'éditeur reçoit un appel du journaliste et me transmet un mail. L'interview a lieu au téléphone. Le journaliste est dans son bureau et moi sur une chaise à l'accueil d'une école de commerce (l'ISTEC) où j'attends un futur intervenant pour TEDxISTEC. L'entretien dure 15 minutes. Je n'ai pas vu le rendu de l'article avant publication ce qui est tout à fait classique et normal. Il est heureux que le journaliste soit libre d'écrire ce qu'il veut.

Des écarts sans grande conséquence

Le journaliste a structuré son entretien en 5 questions tirées de la table des matières du livre et grosso modo selon le déroulement d'une présentation: 
  1. Comment démarrer ? 
  2. Comment gérer le stress ? 
  3. Quel est le scénario "Parfait" ? 
  4. Comment incarner son propos ? 
  5. Que faire en cas d'imprévu ?
J'ai en effet traité tous ces sujets dans le livre. Il s'agissait pour moi d'une prise de parole particulière devant un auditoire particulier. Force est de constater que l'histoire que j'ai racontée n'est pas tout à fait celle que mon auditoire a relayée ! Et pourtant, mon improvisation correspondait bien à mes principes: elle avait été très travaillée sur le contenu puisque je m'appuie sur un livre de 300 pages et aussi sur l'aspect oratoire puisque je m'appuie sur mes conférences ... Dans cet échange, j'ai donc bien pratiqué "l'immédiateté du déjà-dit" ... j'étais même plutôt content de moi !

A l'arrivée, l'article reprend bien cinq points mais pas tout à fait ceux qui correspondent aux questions ni tout à fait mes réponses non plus. Voyons ce que l'on peut tirer des écarts.

Retourner à la source

http://www.amazon.fr/gp/product/221256368X?ie=UTF8&camp=1642&creativeASIN=221256368X&linkCode=xm2&tag=httpdidiercha-21Revenir à la source est facile pour moi, c'est ce qui m'a donné l'idée de faire un petit exercice sur les écarts entre le dit et l'entendu. Tout d'abord, notez que je ne jette pas la pierre à Widoobiz ni à ce journaliste. En fait, je suis très content qu'ils aient relayé la sortie du livre. Et après tout, ce bouquin n'est pas l'événement de l'année pour eux et sur un tel sujet, tout le monde peut avoir son angle et ses préférences car nous sommes tous plus ou moins amenés à prendre la parole en public, nous sommes donc tous plus ou moins experts.

L'exercice dont je parle consiste à traiter des écarts dans un article qui reprend les questions et les réponses dont j'ai un souvenir précis. Je ne vais pas le faire en détail ici car j'ai désormais un blog dédié à la prise de parole qui le fait et que vous pouvez retrouver en cliquant ici. J'espère que cela vous donnera ainsi qu'au journaliste qui m'a interrogé l'envie de lire le texte du livre qui est à l'origine de l'échange publié. 

En quoi sommes-nous tous concernés ?

La leçon de ce petit exercice est absolument classique en communication. Sans "feedback", ce que l'on envoie à un bout du tuyau n'a pas l'assurance d'être ce que l'on reçoit de l'autre. Lorsqu'il s'agit de sujets majeurs avec d'énormes enjeux partisans, cela nous laisse songeurs quant à la manière de gérer ce phénomène humain bien connu et alimenté de divers biais cognitifs ...

Dans mon cas et dans le cas de cet article, les écarts sont sans conséquence mais pensez à ces "mal entendus" qui surviennent constamment en politique, en entreprise ou en famille qui, devenant des "malentendus", déclenchent alors des conflits. Je ne résiste pas à vous renvoyer à l'article qui présentait la vidéo de mon ami Djamel sur ce sujet précis, Djamel qui d'ailleurs m'accompagnera bientôt dans la préparation des intervenants d'un prochain TEDx à Metz. Revoici cette vidéo:

mardi 26 janvier 2016

18 minutes pour un véritable leadership

http://www.amazon.fr/gp/product/221256368X?ie=UTF8&camp=1642&creativeASIN=221256368X&linkCode=xm2&tag=httpdidiercha-21
Hier, est sorti dans toutes les bonnes librairies et sur le net ... mon dernier livre. Il parle de la prise de parole en public. Il est l'aboutissement de pas mal d'années de pratique et aussi de nombreuses préparations de "speakers" dans divers TEDx et dans des entreprises. Faites-lui donc le meilleur accueil ! Voici le lien: 18 minutes pour réussir votre présentation

Si vous avez le choix, préférez-le à un autre livre qui sortait le même jour, celui d’un ancien président, assez médiocre orateur selon moi.

En quoi sommes-nous tous concernés ?

Au-delà de la méthode proposée et des expériences présentées avec force commentaires de vidéos tirées de TED/TEDx ou d’ailleurs (vous verrez que je n’y ménage pas nos politiciens), ce qui est en cause dans ce livre dépasse la simple éloquence verbale. Ce qui est en cause est une forme essentielle de leadership que les technologies du numérique n’ont pas changée, elles l’ont même amplifiée. 

Tout le monde peut-être leader ponctuellement, la prise de parole est alors à ce moment précis une condition majeure de ce moment de leadership. A fortiori le dirigeant, le prof, le parent, le politique, l’étudiant qui présente sa thèse, le consultant qui planche sur sa « prés », aucun ne peut passer à côté.

De quoi  traite concrètement ce nouveau livre ?

Du Dire! Il aide à se préparer à parler en public en deux grands versants: l'art oratoire et le texte. Le Dire, c’est Parler + Ecrire … tout à la fois et dans cet ordre-là ! Et comme il s'agit d'un livre pratique, il propose une méthode que j'ai appelée "méthode du pendule" car elle renvoie sans arrêt du Parler à l’Ecrire et réciproquement. Au passage, le livre traite aussi des supports et des effets scéniques. Il réserve en cela la place que méritent à mes yeux les "powerpoints": la portion congrue !

L'art oratoire en premier !

Je commence par l'Art oratoire en m'appuyant sur des maîtres modernes venus du théâtre ou issus de TED et des TEDx et aussi des maîtres antiques de la tragédie ou issus de notre passé politique. Tout commence avec l'Art oratoire avec cette révélation que l'espace d'un instant, avant d’ouvrir la bouche, le "speaker" qui a de l'impact oublie tout et réinvente tout pour son public du moment. Je sais ce qu'a d'excessif en apparence cette affirmation. Je sais désormais ce qu'elle a de fondamental pour réussir à se préparer vraiment: tout commence par le Parler ensuite vient le Dire ! 

Le storytelling ensuite !

Ecrire un livre oblige vraiment à apprendre des tas de choses sur le sujet que l'on croyait connaître. Dans ce blog-même et ailleurs, j'avais déjà parlé de storytelling et sur ce point comme sur le précédent, l'écriture m'a conduit a sérieusement approfondir et ce n'est pas fini ! Le storytelling est pour les uns une simple modalité de "comm" et pour les autres une technique de manipulation. Pour moi, c’est en réalité un mode de pensée profondément câblé dans nos cerveaux. Ce n’est pas l’histoire que l’on raconte qui importe mais celle que se raconte votre interlocuteur en vous entendant … Il s’agit alors de penser votre intervention comme un scénario et de présenter vos arguments comme de bonnes histoires … si vous voulez être écouté et surtout entendu.

L’impact pour la qualité du lien

On pourrait se dire que tout ceci est bien démodé avec internet … Mais c’est tout le contraire. Internet est de moins en moins le royaume de l’écrit et de plus en plus celui de l’oral et comme à la télé, même en direct, l’art du scénario et celui du storytelling y règnent en maîtres ! Y avoir de l’impact tout comme dans une salle, avec ou sans micro, nécessite de l’avoir compris et de s’y être préparé. C’est ce que TED et les TEDx ont bien compris.

Au-delà, il y a la qualité du lien que peut établir la prise de parole. Dans une société où beaucoup d’échanges se limitent à du ping pong « d’éléments de langages », ce qui fait la différence c’est le lien, comme le disait il y a déjà quelques temps le philosophe Michel Serres. Là encore, TED et TEDx sont de bons exemples car tout commence parfois sur le net et peut se poursuivre en face à face ou l’inverse.

Converser c'est "vivre avec" !

Ce qui compte pour se prémunir de la superficialité des échanges actuels, médiatisés ou non, c’est la qualité de la conversation qui peut en résulter. Et conversation veut dire étymologiquement « vivre avec ». Ce livre vous donnera des clés de travail et de nombreux exemples. Et peut-être vous emmènera-t-il sur la voie de la conversation ?
 

samedi 2 janvier 2016

2015, le réveil, 2016 les vrais sujets ?

Pour 2016, je nous souhaite collectivement et individuellement de traduire en actes nos résolutions en ayant le courage de traiter les « vrais » problèmes sans nous laisser happer par les diversions ! 

2015 : le réveil !

Toute la presse titre: « 2015, une mauvaise année ». Tout le monde a en tête les attentats, les migrants, le réchauffement climatique... à chaque fois, il semble que les choses aient bougé:

Les attentats ont permis de réaliser que nous étions en conflit (lire ici), non pas depuis le 7 janvier 2015 mais depuis plusieurs décennies. Notre gouvernement a parlé de guerre or celle-ci, de basse intensité, était déjà présente tout autour de nous et nos soldats et policiers  y étaient déjà engagés. Ce n’était pas la guerre, c’était la fin de l’illusion de la paix inconditionnelle et indéfinie … Et il nous faudra bien livrer bataille. Je dis réveil parce que l’on a vu  des résolutions … parfois insignifiantes (état d’urgence, fermeture de mosquées …), parfois efficaces (attentats déjoués, frappes des camions de pétrole de DAESH …)

Des flux migratoires sans précédents en provenance des pays vraiment en guerre, eux, s’agglutinent à nos frontières et ce fait qui concerne d’ailleurs surtout nos voisins pour l’instant a impacté notre calendrier politique. Le FN qui mise sur le rejet de l'immigré a atteint presque 40% parfois au premier tour. Il s’est donc passé quelque chose politiquement. Car tout le monde comprend que le vieux monde politique ne fait plus la maille et beaucoup le montrent désormais en votant FN par défaut. 

Enfin, réveil aussi du côté de l’environnement (lire ici) avec la COP21. Pour la première fois, 195 pays se mettent d’accord pour agir pour la planète et ça se passait en France ! 

Peut-être cette année 2015 aura-t-elle donc été marquée par un début de prise de conscience ?

2016: agir sur le fond !

Pourtant, qu’il est donc dur de changer ! Ce réveil progressif sur la menace terroriste, sur la situation géopolitique et sur le jeu politique français comme sur la gouvernance environnementale planétaire n'ont pas encore permis la prise de conscience de l’étendue réelle des tâches collectives à accomplir.

Attentats : ils ont sans doute un peu réveillé le patriotisme français sans pour autant provoquer le rejet des musulmans autant qu’on aurait pu le craindre, c’est bon signe. Pour autant, il nous reste 4 batailles à livrer et à gagner (lire ici):

Migrants : l’action à mener n’est pas de nous fermer à l’arrivée d’étrangers mais de nous mettre en capacité de les accueillir. Il s’agirait donc de recréer les conditions d'une attraction économique et politique renouvelée et du partage d’une prospérité qui s’en est allée. Nos 3,5 millions de chômeurs officiels et notre taux d’endettement public de près de 100% du PIB passent au second rang et l'on diffère régulièrement le moment de vraiment réformer l’Etat en profondeur, de traiter vraiment la question de nos dettes et déficits endémiques et d'une monnaie qui pour beaucoup se raréfie au profit d'un système financier incontrôlé.

COP21 : le travail de Laurent Fabius a été légitimement salué pour son résultat pédagogique et diplomatique. Il reste maintenant à choisir des priorités adaptées à la situation réelle de l'environnement (les actions retenues sur les émissions de CO2 n’auront aucun impact (selon le MIT et le CCC, lire ici) et à participer à une gouvernance mondiale enfin devenue pragmatique.

Éviter les détournements de l’attention 

Il faudra se donner pour tout cela des moyens et donc véritablement lancer l’incontournable chantier de la refonte à la baisse des missions de l’Etat y compris le millefeuille qui prospère toujours malgré la réforme des régions en trompe l’œil et celui de la remise en cause des prébendes de toutes sortes tout en renforçant les fonctions régaliennes (Justice, Police, Armée). Dans un monde globalisé, libéraliser l’économie et donc responsabiliser le peuple et lui redonner la maîtrise de son destin tout en ayant le courage de couper dans les avantages acquis et dans l’Etat providence ne sont plus des options, nous n’avons déjà que trop tardé. Nous ne pourrons pas arrêter l’UBERISATION en cours mais nous pouvons l’accompagner intelligemment.

On peut se souhaiter tout cela et pourtant, sur tous ces grands dossiers et d’autres, la tentation est grande de regarder ailleurs, de détourner l’attention et non pas d’agir sur les « vrais » sujets. On ferme quelques mosquées quand le scandale commence par l'exclusion des jeunes notamment issus de l'immigration et que l’embrigadement des Jihadistes débute sur le net. On fait des descentes de police sans mandats aussi brutales qu’inutiles sur des militants écolos. On choisit de concentrer de futurs efforts environnementaux sur l'inefficace et coûteuse réduction des émissions de CO2 . Et pour démarrer l’année, on recentre le débat politique sur un thème idéologique totalement inopérant, la « déchéance de la nationalité » qui ne mérite même pas d’être commenté mais qui fait diversion …

Bonne année 2016

A tous les niveaux, 2015 aura donc permis de prendre conscience de certains problèmes de fond et donc de réveiller les citoyens de qui tout devrait vraiment dépendre en fin de compte. Ce n’était donc pas une si mauvaise année. Puisque c’est le jour des vœux, souhaitons que 2016 verra le commencement du traitement conscient et citoyen des « vrais » sujets sans céder aux tentatives de diversion.