dimanche 26 octobre 2014

Arnaque aux aides à l'isolation des combles

En ces temps de réchauffement climatique et néanmoins de préparation aux froidures hivernales, voyons comment se déroule le plus légalement du monde la consommation bien organisée de certaines aides et subventions aux économies d'énergie.

Une démarche commerciale "inappropriée"

Depuis des mois et des années, de mauvais centres d'appels écument les n° de téléphone des particuliers de notre région pour prendre des rendez-vous visant à leur faire faire de grandes économies "écologiques". Je passe sur ceux qui veulent installer des capteurs sur notre toit pour revendre l'énergie à EDF ... Même sans formation économique, on comprend d'instinct qu'un tel pari a peu de chances d'être gagné car il faudrait parier sur la stabilité des subventions et du système fiscal ...! L'accroche est toujours liée à une démarche d'étude concernant l'environnement et en prime à de fantastiques économies ... si nous sommes propriétaires et que nous payons des impôts ! Nombreux sont les appels que nous recevons, moins nombreux sont les commerciaux qui se présentent effectivement ...

Mais il y a quelques jours, nous avons reçu le représentant d'une société alsacienne d'isolation, l'AFPEC ou "Agence française pour l'environnement et le climat". Notez que le sigle fait penser à ces nombreuses agences d'Etat aux missions d'intérêt ... très général. Belle brochure quadri glacée de 32 pages ! Située en Alsace, cette société ferait entre autres des chantiers d'isolation de combles dans toute la France ... pas de souci apparemment pour financer les frais de déplacements et d'hôtels des employés, vous allez comprendre pourquoi.


Suit un argumentaire montrant que la totalité des travaux pourrait être couverte par les nouveaux dispositifs d'aide et de réduction d'impôts jusqu'à 16 000 €. Et sans autre analyse qu'une rapide visite de notre grenier, le "technicien expert" (car ce commercial préférait ce titre !) de cette société nous annonce rapidement qu'il nous en coûterait, comme par hasard, justement 16000 € pour une isolation consistant en une pose à plat de laine de roche sur la chape de béton. Donc une opération blanche pour nous sur l'investissement mais avec une économie de consommation de chauffage de 40% ! Et si nous options pour une isolation des rampants sous le toit, le montant serait de 18000 €.

Peut-on faire mieux ?

Un artisan de notre ville a estimé la première opération, pose comprise à 2400€ et la seconde, sous rampants à 10000 €.

Où l'on voit comment les économies d'énergies et les subventions sensées répondre aux problèmes d'environnement et soutenir l'emploi sont sans aucun rapport avec le coût réel des travaux. Elles sont en fait simplement captées par des entreprises opportunistes et surtout par les organismes de financement qu'elles représentent .

Sans doute nous rétorquera-t-on que ces entreprises sont qualifiées "RGE" et qu'à défaut, rien ne saurait sérieusement garantir la qualité et la valorisation de notre patrimoine ... Quand on sait que l'on acquiert cette "qualification" en faisant un stage qui revient à 600€HT plus frais de dossier, on comprend qu'une nouvelle fois, l'argument de la norme est un simple faux nez. Quelle qualification "poussée" faut-il pour dérouler 20 cm de laine de roche sur une surface plane ?

Agir par nous-mêmes sans demander d'aides

Notre intention est donc bien d'isoler nos rampants. Nous achèterons les matériaux en grande surface et si nous ne trouvons pas à proximité de matériaux "écologiques" comme la laine de bois, nous les achèterons en Allemagne toute proche. Après avoir confié quelques réparations à un couvreur, nous ferons la pose nous-mêmes et nous pensons que pour un investissement de moins de 2000€ (nous avons déjà fait ce type de travaux dans deux autres logements) notre retour sur investissement se fera en deux à trois ans sans aucun recours à ces subventions et réductions d'impôts. 

Une telle politique "d'incitation fiscale" qui consiste en de simples transferts du contribuable vers certaines entreprises est-elle soutenable avec une dette approchant 100% du PIB ?

Il nous faut au contraire chaque fois que possible agir par nous-mêmes, éviter à la fois les lourds et coûteux dispositifs gouvernementaux, choisir des matériaux écologiques et durables (la laine de verre ou de roche est à changer tous les 15 ou 20 ans et leurs poussières peuvent-être toxiques) et soit faire appel à des artisans sérieux, soit faire la pose nous-mêmes ce qui prend un peu de temps mais n'est pas si difficile.

En quoi sommes-nous tous concernés ? 

Les politiques gouvernementales à base d'incitations fiscales ou de subventions aboutissent comme ici un peu trop souvent à la création de bulles qui confinent à l'arnaque du contribuable/consommateur, à la création de dispositifs étatiques inutiles, coûteux à maintenir et à réformer. La conséquence ultime de cette approche est la déresponsabilisation voire l'infantilisation du citoyen alors qu'il serait bien préférable d'apprendre à se passer d'un Etat qui ne peut déjà plus s'aider lui-même.

Certes, il s'agit d'une goutte d'eau dans un océan d'inefficacité mais il est symptomatique d'une forme de "pensée" de la gouvernance qui se caractérise par:
  1. Aides/incitations fiscales,
  2. Complexité et complexification,
  3. Normes de sécurité, de qualité ou environnementale,
  4. Expertises "captées",
  5. "Partenariats" public-privé dont certains secteurs ou opérateurs profitent (voir notre article sur les nouveaux fermiers généraux),
  6. Matraquage médiatique et très faible retour d'expérience réel et sérieux.
Face à cela, et puisque les initiatives de nos gouvernants, certes soucieux d'agir pour l'intérêt général, conduisent souvent à des dépenses incontrôlées et parfois à l'opposé de l'effet souhaité, il est temps que chaque foyer s'organise par lui-même, avec l'aide des informations disponibles notamment sur le net et avec, si nécessaire, de vraies compétences disponibles localement et sans le surcoût de normes superflues qui de surcroît n'orientent absolument pas vers de vrais matériaux écologiques.

Et tout ceci n'empêche pas la mer, ni le taux de rejet de CO2 dans l'atmosphère de monter comme je l'ai si souvent écrit dans ce blog...


samedi 11 octobre 2014

Fin de l'Ecotaxe, place aux fermiers généraux !

Voilà c'est fait, comme nous l'annoncions ici depuis des mois, le projet Ecotaxe est enterré. Il serait trop facile d'imputer ce fiasco à Ségolène Royale. Elle a eu au moins le courage de trancher.

250 millions par an pendant 11 ans

C'est ce que va coûter l'entreprise "Lorraine" Ecomouv à l'Etat français en pure perte ! Car comme le disait le député Savary, nous vivons dans un Etat de droit, nous ne pouvons déjuger la signature de la France au bas d'un contrat. Donc avant, il y avait un consortium hyper inefficace mais extrêmement rentable, maintenant il y a un transfert financier direct et en totalité du contribuable vers un consortium italien piloté par Goldman Sachs !

Cela vaudrait la peine de voir comment l'on pourrait amener, dans le respect du droit, ce consortium à intervenir pour au moins soutenir les PME et start up lorraines !

Le retour des fermiers généraux

A l'occasion de cette funeste affaire, on apprend que comme il va bien falloir financer les infrastructures existantes qui se dégradent, on va augmenter le coût des péages, donc faire payer non plus les transporteurs mais tous les usagers ! 

Vous remarquez que malgré les cris des écolos, il ne s'agit plus du tout d'une politique environnementale, il s'agit ici purement de collecte d'impôts pour entretenir les routes et autoroutes ! Et cet impôt est confié à Vinci et à Eiffage entre autres. Comme le dit encore Savary, sur un euro payé à Vinci, 40c reviennent à l'Etat, tout de même ! Encore heureux pourrait-on se dire !

Ne trouvez-vous pas frappant le parallèle avec la fin du 18e siècle comme le remarquait dès 2011 Jean Pierre Fourcade, devenu sénateur ? A cette époque en effet, des particuliers, appelés fermiers généraux, achetaient une charge (comme les professions protégées dont nous parlions dans le précédent article) et prélevaient l'impôt dont il reversait une part au roi. Déjà à l'époque cela permettait à court terme à l'etat de faire rentrer de l'argent frais mais cela réduisait les rentrées ultérieures, alourdissait la charge du contribuable et conduisait l'Etat à s'endetter. 

Aujourd'hui, des groupes achètent des concessions par appels d'offres interposés (comme l'a fait Ecomouv, dans des conditions plus que suspectes) et prélèvent un véritable octroi. CQFD.

L'inefficience de notre système étatique de gouvernance

En Septembre, mon épouse et moi avons conduit notre fille à Vienne (Autriche) où elle a emménagé pour un séjour Erasmus. Nous avons traversé une partie de l'Europe Centrale avec notre grosse voiture familiale pour transporter sacs, ustensiles, vêtements et vélos. En dehors du carburant, à l'aller, il nous en a coûté 8 euros soit le prix de la vignette autoroutière autrichienne pour 10 jours car nous sommes passés par le Luxembourg et l'Allemagne où les autoroutes sont gratuites par puis l'Autriche où l'on achète une vignette. Au retour, nous sommes passés par Haguenau. Nous avons donc acquitté 8 euros rien que pour faire le trajet d'Haguenau à Forbach !

Même si je dois à la vérité de dire que la qualité du revêtement et même des sanitaires est de bien meilleure facture en France, on ne peut que s'étonner de la différence de prix pour ce service régalien quasiment obligatoire ! Cela traduit la déroute d'une conception erronée de la gouvernance de l'Etat à la française. La toute puissante et arrogante puissance publique passe de l'autoritarisme sourcilleux à la délégation de Service Public sans limite ni réel contrôle (lire l'auto-satisfecit ici). Cela revient finalement dans les deux cas à créer une classe privilégiée et à en faire payer le coût au contribuable et/ou à l'usager. Des fermiers généraux de Louis XVI à Ecomouv, même combat !

Dans le cas des autoroutes, nos gouvernements récents, égarés par une certaine conception pseudo-libérale ont concédé ces "charges" de fermiers généraux aux sociétés d'autoroutes jusqu'en 2032. Et comme nous l'avons montré dans nos articles précédents, ce sont les mêmes qui commencent dans les cabinets ministériels pour finir dans les comités de direction de ce type d'entreprises selon le système bien connu de la pantoufle.

En quoi sommes-nous concernés ?

Si l'on y regarde bien, notre vie quotidienne est corsetée par de multiples obligations de consommer de façon normée des services obligatoires qui ne sont finalement que des impôts prélevés par des organisations privées qui en laissent une part congrue à l'Etat. Vinci par exemple, une compagnie des eaux gèrent les péages autoroutiers, les parkings de centre ville incontournables au moment les municipalités font tout ce qu'elles peuvent pour limiter l'accès des centre-villes ... Tout devient péage obligatoire (on disait "octroi" dans l'ancien temps) et tout pointe dans la direction de ces entreprises spécialistes des "utilities" par ailleurs devenues expertes en l'art subtil du "Marketing Social et Politique".


Depuis quelques temps déjà, nous avons entrepris de nous échapper de tous ces systèmes contraints par exemple en ne prenant plus l'autoroute quand c'est possible. Et il semble qu'à la faveur de la crise, nous ne soyons pas les seuls car pour la première fois en 2011, le trafic "VL" a baissé sur les autoroutes de notre beau pays.

Mais la situation que révèle le fiasco de l'Ecotaxe pose plus largement le problème d'une gouvernance que décidément les citoyens vont devoir reprendre en main. Cela finira inévitablement par entraîner la rupture unilatérale des contrats qui leur sont trop défavorables et de placer devant leurs responsabilités ceux qui les ont signés et qui en font profiter leurs amis. Ces "amis" sont des consortium divers qui n'agissent plus selon les principes de la libre entreprise ni d'une saine concurrence mais appliquent bien souvent des pratiques de lobbying et d'influence politique qui confinent avec des pratiques mafieuses comme nous l'avons montré ici  dans le cas de l'Ecotaxe. 

Pour les curieux, rappelons-nous que des 45 fermiers-généraux de1791, 37 furent ensuite guillotinés (jugement du 19 floréal An II, soit le 8 mai 1794). 

vendredi 8 août 2014

Maginot et la globalisation

Le débat sur la remise en cause des professions règlementées illustre par le petit bout de la lorgnette à la fois notre très chronique difficulté à réformer et le fait que la pression pour le faire devient intenable.

L'impossible réforme

Notre "belle" Révolution française, mythe fondateur de notre identité nationale par excellence, s'est réalisée à la base contre les privilèges. C'est dans tous nos livres d'Histoire. On a saccagé les sacristies, envoyé les aristocrates à la lanterne et pourfendu les privilèges ... Le tout ayant ensuite servi de modèle à toute l'Europe ce qui nous a rendus si fiers...

Et avec quelle constance le 19e siècle puis le 20e ont-ils reconstitué ces privilèges sous les habits de la modernité ! Même réalisée dans le sang, il semble que notre société ne veuille pas de la réforme et soit attachée aux privilèges et aux privilégiés. Alors que penser des efforts de M. Montebourg pour les éradiquer ? C'est vrai que là au moins il est cohérent avec les idées de ses écrits (La Machine à trahir, Denoël 2000). 

Enfin, qui peut défendre le greffier d'un tribunal de commerce qui gagne 40 k€ mensuels ? Surtout quand on connaît l'inefficacité, la partialité de cette justice hors champ (constituée de juges non professionnels ...) et parfois même les détournements dont elle se rend coupable au détriment de ses justiciables ! Mais, soyons précis, il n'y aurait que 2 ou 300 de ces greffiers hors normes (à ne pas confondre avec les employés des autres tribunaux qui n'ont pas de tels revenus). Une goutte d'eau donc.

Mais il y a aussi les taxis, les opticiens, les huissiers, les notaires, les chirurgiens dentistes ... tous accusés d'être bien plus rentables que la moyenne des entreprises en France grâce à des règlementations adhoc qui les protégent. Objectivement, le rapport caché de l'Inspection Générale des Finances (pas lu car pas public !) ne semble pourtant trahir aucun secret, juste un tabou qui concerne tout de même plus d'un million de professionnels privilégiés (à des titres très divers). Parfois, il s'agit vraiment de résurgences d'un passé révolu comme dans le cas des greffiers de tribunaux de commerces (une charge qui remonterait à l'Ancien Régime !), parfois les choses sont plus discutables.

Ce qu'il faut vraiment prendre en compte pourtant, c'est cet incroyable conservatisme qui nous empêche de balayer les archaïsmes au fur et à mesure ... Cela finit par encombrer l'étable ! Le résultat coûte très cher au plus humble citoyen qui ne peut s'y soustraire. Et cela entraîne un manque de compétitivité économique qui se paye cash en perte de parts de marché et en chômage structurel.

Le petit bout de la lorgnette

Montebourg semble faire enfin œuvre utile cependant. Je retiens la petite phrase du ministre: "mon ennemi, ce sont toutes les formes de conservatisme". Le dossier est donc sur la table, soyons attentifs maintenant à la manière dont il sera sans doute enterré. Déjà sortir un tel sujet en pleine vacances d'été n'est pas bon signe.

Seulement, certaines de ces professions privilégiées ont une véritable utilité sociale et doivent être correctement rémunérées, et en outre, elles peuvent mettre la pagaille dans le pays. Jusqu'ici les gouvernements, à commencer par ceux de feu le Grand Général, n'ont pas osé se risquer à y mettre bon ordre pour cette raison. 

Ensuite, les français ont bien compris que les privilèges les plus coûteux sont ceux d'une Administration pléthorique, multiforme et multiniveaux et d'élus non représentatifs, impuissants et complices. C'est un autre dossier qui peine, lui, à venir vraiment sur la table. Or c'est là que s'exerce la pression de Bruxelles, des marchés, et des tenants de l'économie libérale globale.

La crainte est que le premier dossier (le petit) soit un leurre pour retarder encore le traitement sérieux du second (le gros). Montebourg a donc, comme souvent, pris le problème par le petit bout de la lorgnette ... mais au moins il l'a pris.

La ligne Maginot est en train d'être contournée

La réflexion que tout ceci inspire est que malgré l’atavique conservatisme français, la ligne Maginot des avantages acquis est en train d'être contournée. Comme disait Voltaire: "les français arrivent à tard à tout les derniers, mais enfin ils y arrivent !" (Lettres, 2 Avril 1764)

Fort de la Salmagne, fort de la ligne Maginot.

Réformer ce qui doit l'être est une nécessité si l'on veut s'adapter au changement de notre milieu. Si l'on ne fait pas les choses à temps, dans l'ordre, en transparence et sérieusement, on risque simplement de les faire trop tard, de manière anarchique, de façon cachée et sans réfléchir ! Et donc de créer de forts ressentiments, de faire de mauvais compromis et de mettre en danger ici et là des compétences utiles.

Le dossier des professions règlementées montre donc que des tabous sont en train de sauter. Prenons garde, pour filer la métaphore de 1940 jusqu'au bout, que d'avoir voulu résister par paresse et par esprit de caste en se fortifiant dans ses habitudes et ses avantages quand il fallait au contraire être mobile,  n'aboutisse à une nouvelle Occupation et à une nouvelle Collaboration !

dimanche 27 juillet 2014

J'habite une grande région !

Pourquoi l'essai de nouveau dessin de la carte de nos régions est une non-réforme et comment une autre carte est peut-être en train de se dessiner "toute seule" !

Un aimable Grand Débat sur le découpage de nos régions !

L'objectif de notre gouvernement était de faire des économies, il cherchait 30 milliards. Des assurances ont été données: pas de suppressions de postes ! Ouf tout va bien, nous savons donc d'emblée que d'économies, il n'y aura point. Le "vrai" débat peut donc commencer, passionnant comme souvent en France, car l'occasion est donnée à de nombreux chercheurs, journalistes et experts de faire des remarques pertinentes voire brillantes. Florilège:

L'identité régionale n'est pas réductible à l'aire culturelle.
Le découpage culturel ne recoupe pas les pôles d'attraction économique.
L'attraction économique est le fait des métropoles et non celui des territoires.
Au fait, nous n'avons en France qu'une métropole mondiale (Paris) deux métropoles européennes (Lyon et Marseille) et 7 ou 8 pôles régionaux secondaires (ma ville de Metz n'en fait même pas partie)
Au passage, la région parisienne qui englobe de fait Rouen, Reims, Orléans et même Lille, devrait se comparer au grand Londres et à New York pendant que la Corse n'est soluble dans rien d'autre qu'elle même ...
Et quid des territoires interstitiels (=vides), majoritaires en France ? (Metz en fait partie)
Dans cette question de mariages régionaux, la bonne affaire n'est-elle pas de se rapprocher d'une zone plus riche que soi ?
Et au fait, quid des influences transfrontalieres ?
Que de justes remarques ! Tenez, prenons la dernière.

Je vis dans la Grande Région !

Je n'ai pas besoin de me poser la question rituelle de ce blog: "en quoi sommes nous concernés". La réponse est évidente: notre Etat continue à penser la carte de la France de 1870. Laissons là les dormeurs et préparons le réveil.

Au fait, savez-vous que j'habite dans la Grande Région ? Je ne sais pas si tous les habitants de Metz savent ce que c'est. A coup sûr, mes amis de "l'intérieur" l'ignorent. Mais j'ai l'impression que les chefs d'entreprises de ma localité le savent, eux. La Grande Région a son centre à Luxembourg "City"; elle rassemble la Wallonie, le Luxembourg, le Palatinat, la Lorraine, la Sarre. 11,3 millions d'habitants, comparable à l'Ile de France, plus de deux fois Rhône Alpes ...  Elle fut lancée dans les années 60 comme un Programme Européen de Coopération Territoriale. J'ai participé en Juin à un salon qui en est une illustration de bon niveau ... et qui montre que quelque chose existe !
http://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2009-3-page-228.htm
Cette nouvelle région inattendue est financée sérieusement (surtout par le Luxembourg). Ce programme européen est coopératif et non étatique, la culture n'est pas vue comme une idée abstraite mais comme le moyen d'un "melting pot", qui en a tout de même fait une capitale européenne de la culture en 2007, et une occasion d'échanges multinationaux. On y parle quatre langues (français, flamand, luxembourgeois, allemand) mais surtout l'anglais des affaires ... On y croise des délégations économiques de toute l'Europe ... Tiens, j'y ai même croisé des élus de ma ville ...

Cette région a bien plus de chances d'exister que les fantômes proposés à grands renfort de ciseaux, de colle et de compromis de notre gouvernement... et vous savez pourquoi ? Cherchez qui a l'argent !

L'Alsace est déjà un trait d'union avec l'Allemagne et est en voie de rapprochement avec le Bade Wurttemberg ... et non avec la Lorraine qui justement fait partie de cette Grande Région.

Conclusion

Pendant que les derniers feux d'une gouvernance gaullienne devenue velléitaire, pusillanime et désargentée s'expriment dans cet essai mort-né de redécoupage régional, les vrais régions économiques existent déjà: celles des entreprises. Elles sont fondées sur des pôles économiques (la capitale de la Lorraine n'est ni Nancy ni Metz, mais Luxembourg, la capitale de la Haute Normandie n'est ni Le Havre, ni Rouen, c'est Paris ! ).

Il semble que les énarques qui conseillent la "réforme" française pensent avec les concepts d'un monde qui a pris fin. Laissons les se rassurer en dépensant les derniers budgets issus de la dette publique et intéressons-nous à la réalité locale et régionale en émergence fondée non plus sur la carte et les frontières mais sur les réseaux et les flux.

Il est à craindre qu'il en résulte peu à peu une disparition de l'Etat français. C'est dommage, on s'y était attaché ! Mais bon, si nous voulons assurer un avenir à nos enfants, faisons comme nos voisins européens: apprenons le pragmatisme !

lundi 14 juillet 2014

Ecocéane: apprendre à nager

Illust: http://www.meretmarine.com
Le cas d'Ecocéane démontre l'urgence de conjuguer optimisme et pragmatisme pour ne plus marcher sur la tête.

Devons-nous parier France ?

Mon précédent article faisait un compte rendu de ce livre récent. Livre optimiste mais insuffisant car il importe aussi d'être réalistes sur les obstacles réels et parfois surréalistes que doit vaincre le chef d'entreprise. 

Dans ce livre, Xavier Louys signalait l'incomparable avantage concurrentiel que confère à la France son espace maritime. Connaissant par tradition familiale l'importance de la filière navale et la tristesse de sa situation actuelle, je me suis intéressé à ce cas déjà ancien (création en 2003) d'Ecocéane, une PME innovante qui conçoit et réalise des bateaux dépollueurs sans émulsion. Ses navires sont uniques au monde (efficience multipliée par 20 par rapport aux solutions existantes: lire le dossier technique ici), cette technologie démontre aujourd'hui son utilité a minima dans les eaux du port d'Antibe et pourrait rendre de grands services lors des marées noires en pleine mer comme elle l'a fait en 2010 pour le compte de BP à l'occasion de la catastrophe de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique...

On parle accessoirement de 3000 emplois qui pourraient être créés en Bretagne (Paimpol). 

A défaut de marcher sur deux jambes, apprendre à marcher sur la tête

Or depuis au moins deux ans, le dossier est chez Monsieur Montebourg car ce qui empêche le développement d'Ecocéane n'est pas son financement (public/privé: BPI, Total Développement) mais un obstacle "insurmontable" qui se dresse sur sa route. Je cite, Eric Vidal, le dirigeant:

"L’Emsa, l’agence européenne pour la sécurité maritime, qui est basée à Lisbonne, refuse de nous agréer. De même que le Cedre, à Brest et le Ceppol, qui dépend de la Marine nationale. Et sans agrément, il est difficile de vendre en France. Et difficile voire impossible de vendre en Europe.

Le Cedre et le Ceppol nous connaissent bien. Ils sont venus sur nos bateaux. Le Cedre nous dit qu’il n’est pas possible d’évaluer nos gros bateaux parce que son bassin est trop petit. Et Le Ceppol ne veut pas nous évaluer en mer en mesurant notre ramassage de balles de riz, en nous disant que ce n’est pas du pétrole. 


Tous deux nous affirment qu’il faudrait une vraie marée noire pour nous tester. Mais s’il y a une marée noire, ce que je ne souhaite évidemment pas, nous ne pourrons pas intervenir parce que nous n’avons pas d’agrément."

Voici une vidéo déjà ancienne:


Il semble (lire ici) qu'une solution récente soit enfin en vue pour la PME bretonne. En effet, l'agrément n'étant pas possible en Europe car le bassin de test de Cedre est trop petit ... ce sera donc un agrément américain qui permettra le développement de cette innovation à partir des Etats Unis !

Apprendre à nager !

Nous connaissons tous avec l'Ecotaxe l'efficacité et les synergies des instances d'agréments et d'encadrement des entreprises et de l'Economie. J'avais aussi relaté par le menu l'invraisemblable aventure administrative de la PME mosellane STVI. Nous avons ici un nouvel exemple du pari véritable qu'un entrepreneur doit savoir prendre quand la survie d'une innovation et de son entreprise sont en jeu !

Puisque marcher sur la tête cause des migraines, que marcher sur les deux jambes de l'optimisme ET du pragmatisme n'est pas possible, il aura donc été possible pour un concepteur de bateaux d'apprendre à nager ... au grand large. Bonne chance à lui et quant à vous, monsieur Louys, préparez donc une seconde édition de votre livre sur les obstacles réels à lever pour que la France devienne la puissance maritime que vous décrivez.

Est-ce se délecter de l'absolue bêtise de notre secteur administrativo-réglementaire, est-ce cultiver pessimisme dépressif et déclinisme que de montrer ce qui empêche à notre pays d'aller de l'avant (parmi diverses causes). Ou est-ce simple réalisme ? A vous de juger ... mais ne perdons pas trop de temps car la mer continue de monter ! Elle pourrait même finir par envahir le petit bassin de l'excellent Cedre !

samedi 28 juin 2014

Le chemin des crêtes

A l'occasion de la lecture d'un livre optimiste sur les chances de développement de notre pays, j'aimerais partager quelques réflexions à la fois sur l'optimisme et sur la gouvernance. Sujet déjà évoqués de nombreuses fois ici.

Parions France
Voici Parions France !, le livre "positif" d'un ancien élu local, conseil en communication qui fut aussi
directeur du Tour de France, une superbe réussite événementielle à l'échelle mondiale. L'auteur se nomme Xavier Louy, un homme politique mais aussi un consultant et un chef d'entreprise. Cela ne pouvait me laisser totalement indifférent.

Ce livre m'a été conseillé par un ami dont je parle parfois dans ce blog (à vous de deviner de qui il s'agit, j'espère qu'il commentera cet article !). Cet ami et moi avons des discussions sur le changement et ses voies, sur le pouvoir. Et aussi sur l'optimisme, point sur lequel nous divergeons. C'est pourquoi j'utiliserai ce livre pour partager quelques réflexions personnelles sur ces thèmes en prélude à de futures publications sur Acatl Editions.

La critique

"Parions France" est un livre salutaire et informatif qui correspond à un vrai besoin et qui rappelle et répertorie nos forces et réussites et qui présente aussi à mes yeux des insuffisances factuelles et conceptuelles.Vous trouverez ici mon commentaire sur Amazon, n'hésitez pas à cliquer sur "commentaire utile" si cela vous parle. Vous trouverez ici une vidéo par Jean Louis Courleux. Elle trop sombre pour être visionnée mais la prise de son est correcte.

Le diable est dans les détails (citation de Lister, chirurgien anglais du 19ième siècle)
Commençons par les insuffisances. De curieuses erreurs de détails interpellent sur la forme et interrogent sur le fond:
  • Non la ville de Leeds n'est pas en Écosse mais en Angleterre.
  • Non Sanofi n'est pas le premier laboratoire pharmaceutique mondial mais le troisième en 2013 il était le quatrième en 2012.
  • Et non BNP Paribas n'est  pas le premier groupe bancaire mondial mais le troisième en produit net bancaire et le 12 ème en capitalisation boursière ... Et l'auteur n'avait pas connaissance de l'affaire qui place depuis peu la banque en situation difficile devant la " justice" américaine du procureur Vance (celui qui est sans doute frustré de n'avoir pas mis Strass Kahn en prison). Cette dernière affaire relativise un peu le propos enthousiaste sur l'influence mondiale des entreprises françaises !
  • Et Non, le territoire russe n'est pas de 1,7 millions de km² mais là il ne peut s'agir que d'une faute de frappe.
Ajoutons que dans la version kindle au moins, il est regrettable qu'aucune note ni lien ne permettent de creuser et de vérifier les sources ... ce ne serait pas du luxe.

Cet ouvrage d'un auteur raisonnablement connu, paru chez un éditeur sérieux n'a sans doute pas fait l'objet de relectures aussi sérieuses que son sujet l'aurait nécessité. Pour identifier l'auteur, je suis tombé sur cette vidéo:



"L'empire maritime", une bonne idée insuffisamment étayée
Cette rapidité d'écriture se retrouve malheureusement à divers endroits sur le fond. Proposer par exemple de régler le problème planétaire de l'eau par la désalinisation massive de l'eau de mer sans évoquer l'énorme besoin d'énergie que cela créerait me semble rapide ... Tenez rappelez-vous ce que disait Justin Hall Tipping à ce sujet. Une nouvelle fois, la forme c'est du fond qui remonte à la surface comme disait Victor Hugo ... L'idée de l'empire maritime elle-même est intéressante ... en gardant en tête par exemple que les limites d'exclusion maritime sont très contestées ...

Sur les idées essentielles, il manque donc un peu de matière. C'est dommage car l'auteur cite aussi de belles réussites trop souvent passées sous silence. L'idée de redonner aux jeunes l'espoir et l'envie de construire un avenir "gagnant"est louable. Et l'auteur inventorie à cette fin les entreprises et les secteurs où la France gagne. Malgré quelques erreurs comme celles signalées plus haut, cela m'a plu car il est vrai que depuis quelques temps, il est plus souvent question de la France qui perd ...

Mais pourquoi faut-il toujours répondre à un biais psychologique, ici celui du pessimisme, par un autre, celui de l'optimisme ? A-t-on si peu profité des leçons de la Méthode et aussi de celle de l'expérience ?  Plus de pragmatisme serait utile. L'auteur en appelle à s'appuyer sur nos succès pour que les jeunes changent le jeu, inventent de nouvelles règles, s'opposent au conservatisme ... Fort bien et quels sont les freins ? Comment les lever si on on ne les prends pas en compte ?

Optimisme ou complaisance ?

En élu local expérimenté, l'auteur enfourche une vision gaullienne qui m'est sympathique... Il semble au passage qu'un homme politique au moins ait bien reçu le message et pourtant il n'est pas du même bord politique: Jean Luc Mélenchon.Seulement, il produit finalement une vision que je trouve trop complaisante. La France ne serait pas si petite que cela il faudrait compter tout son empire maritime de ... 11 millions de km2, le deuxième du monde. C'est vrai et il faudrait retenir cette grande idée. Seulement, il simplifie dans le but de motiver ses troupes.

Crédit photo: courleuxsansfrontieres.com
Cela vaudrait donc la peine d'essayer mais en n'oubliant pas que les courants maritimes pas plus les déchets qu'ils charrient ne connaissent de frontière. Et n'oublions pas non plus le triste assaut de la grotte d'Ouvéa, résultat d'une Gouvernance piteuse de notre "empire maritime", j'en parlais ici. Pour réussir dans une telle mission, il conviendrait de se départir d'un angle de vue par trop nationaliste et simpliste et d'adopter un point de vue à la fois collaboratif, global et pragmatique. Commençons par exemple par ne pas méconnaître ni sous-estimer les réflexes immobilistes et les freins qui caractérisent aussi notre société  !..

L'oubli des faiblesses et des freins
Le livre se termine par d'autres idées très gaulliennes intéressantes comme la participation populaire dans les banques, la remise en cause des droits de succession et d'autres plus originales comme un tableau de bord national de l'activité non limité au comptage du nombre des chômeurs ou des immatriculations automobiles. L'auteur s'autorise bien le regret de quelques propositions du grand Général, jamais appliquées, mais pourquoi fait-il l'économie d'un rappel des faiblesses structurelles de notre pays ?

Pourquoi ne pas mettre en perspective les réussites et potentiels (assez bien répertoriés dans ce livre) avec les freins structurels réels comme par exemple l'obstacle que forme une pseudo élite de dirigeants,  d'élus et d'administratifs parfois corrompus (voir ici) mais surtout indéfiniment arque-boutés sur leurs avantages acquis et leur carrière et recuits dans l'immobilisme de certitudes étriquées ? N'y a-t-il pas là un conservatisme de structure dont il faut urgemment tenir compte ? Ce conservatisme n'explique-t-il pas que même les bonnes idées du Général ait pu être enterrées ? A moins qu'il ne s'agisse pas vraiment d'agir ...

L'optimisme unijambiste

Ce livre s'inscrit donc à la fois dans la prise de conscience du fait qu'il est possible de se ressaisir et dans la croyance qu'en le disant et en étant "positif", on fera œuvre utile, presque performative (je le dis, donc cela existe). Cette croyance rejoint celle de beaucoup de coachs et d'auteurs en Développement Personnel: "restons positifs et nous réussirons !".

Pour ma part, quand j'entends cela, je pense aussitôt aux paroles de Churchill  qui n'avait à proposer à son peuple que « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » ("Blood, toil, tears, and sweat" le 13 mai 1940, dans son premier discours devant la Chambre des communes). Mais peut-être notre situation n'est-elle pas encore assez grave pour être comparable à celle qui prévalait à la veille de la bataille d'Angleterre ?

Le travail de Xavier Louys est utile pourtant. C'est juste que l'on ne marche pas longtemps sur une seule jambe. Il nous faut aussi connaître l'autre face de la réalité pour nous donner une deuxième jambe pour avancer.

En quoi sommes-nous concernés ?
Sur le plan national, il faut sans doute redonner à la nation France une place plus importante mais il faut le faire sans complaisance, en s'appuyant sur nos forces réelles, en recherchant leur accord et non en les enrôlant pour une Cause étrangère à leur plan stratégique (les groupes et start ups répertoriées par l'auteur) sans raviver les idéologies nationalistes, voire colonialistes ni les nostalgies passéistes et sans méconnaître les freins et faiblesses structurels de notre société. Et sous réserve d'une approche étayée, je retiens volontiers l'idée de l'opportunité maritime pour la France.

Sur le plan humain et managérial: il est vrai que nous pouvons facilement nous complaire dans le pessimisme et la sinistrose et qu'il importe de prendre conscience de nos forces. Cependant, il importe de le faire avec pragmatisme. Je sais, la voie est étroite. C'est un véritable chemin des crêtes ... au moins la vue est belle même si la marche est difficile !

Crédit photo: Gérard barré, sentier-nature.com
(Beaufortain, Beaufort, Savoie – 07/09/12
le lac et le barrage de Roselend en contrebas )

mardi 10 juin 2014

Argent 7: monnaies complémentaires, on en parle sur BFM Business

Il est peut-être temps de monter dans le train des monnaies complémentaires. Un sujet majeur encore en dessous du radar.
Suite à TEDxLaDéfense où nous en avions parlé et mes 6 articles consacrés à ce sujet, que s'est-il passé ? Etienne Hayem, l'un de nos intervenants, le plus jeune, s'affirme comme un expert reconnu dans le domaine en témoigne ci-après la vidéo tirée de l'émission "paris d'avenir" de BFM Business, un média tourné vers l'entreprise et que je trouve décidément très pertinent. Elle évoque un sujet majeur et dont le traitement pourra déterminer avec quelques autres thèmes encore marginaux, les prochaines grandes évolutions sociales et économiques. Voici la vidéo:




Une série de conférences avec certains de ces intervenants a lieu régulièrement: Symba (l'économie symbiotique). J'y serai demain soir. 

A l'heure où certains partis politiques classiques viennent de comprendre (à peine) la gravité de système de la dette sans proposer de véritable remède, certaines idées poursuivent leur chemin. Peut-être figureront-elles un jour au rang des solutions ...

Dans mon précédent article, "le terreau de la net-démocratie", je parlais de tendances  sociétales nouvelles que certains petits partis politiques commencent à incarner. Il nous reste maintenant à faire le lien entre eux et des solutions qui existent déjà, comme celle-ci. Le fait que BFM Business passe une longue émission sur ce thème est bon signe. Les entreprises contribueront peut-être tôt ou tard à faire sortir les monnaies complémentaires de leur environnement "underground" ou "alternatif pour  bâtir une autre économie. A suivre donc.