lundi 16 mai 2016

URSSAF vs UBER: logistique de l'avoine ou du carburant ?

L'URSSAF d'Ile de France attaque la plateforme UBER devant le tribunal des affaires sociales et au pénal apprenait on ce week end. Voyons en quoi cette affaire entre "détournement des droits légitimes des travailleurs" et "mutations sociétales" nous concerne au plus haut point.


Le point de départ de l'affaire
L'URSSAF estime qu'il existe un lien de subordination: le chauffeur indépendant est dépendant de la plateforme pour son activité (ce qui est totalement vrai), il est en situation de salarié et doit donc être requalifié comme tel et donc la plateforme doit s'acquitter des charges sociales afférentes (ce qui est l'objet du questionnement). Il s'agirait de quelques millions d'euros déjà en Ile de France.

Selon Libé : l’Urssaf a «transmis un procès-verbal de travail dissimulé au procureur de la République de Paris, fondé sur le principe du détournement de statut … [et] produit la démonstration qu’il existe un lien de subordination entre Uber et ses chauffeurs»… C’est Uber qui recrute, qui forme, la commission est plafonnée, ils prennent un pourcentage dessus, la course n’est pas libre, les chauffeurs doivent rendre des comptes... Toute une série d’éléments montre que le salarié travaille bien dans le cadre d’un service organisé par Uber pour le compte de l’ensemble des chauffeurs … Et sur le plan pénal, il s’agit bien d’un montage: Uber a intentionnellement organisé une forme de détournement de statut ».


Le règlement pragmatique du conflit

Le même problème s'est posé à New York. Le pragmatisme New Yorkais l'a emporté quand les politiques ont réalisé que UBER était le seul moyen de faire entrer des milliers de banlieusards pauvres dans l'économie officielle ! 

Peut-on s'attendre à cela dans cette affaire quand on sait que le secteur des chauffeurs de VTC, pris dans son ensemble, serait le premier employeur déclaré du "9-3"?

Défense et illustration de l'ordre social français

Réponse non. Ni les politiques du "9-3" ou d'ailleurs, ni les citoyens, ni les chauffeurs, ni les clients n'ont les manettes. L'URSSAF est une organisation qui représente un monopole administratif national qui assigne une entreprise devant une juridiction administrative qui lui est spécifique. Pour cet aspect de la plainte, la voie de recours est la chambre sociale de la Cours d'Appel puis la Cours de Cassation. L'autre plainte suivra les voies pénales normales. Dans les deux cas, pas moins de 6 ans seront nécessaires soit plus d'une législature. 

Donc l'affaire ne concerne ni les politiques actuels ni ceux qui remplaceront ceux qui seront élus à toutes les élections prochaines ! Autrement dit, cette affaire qui me semble être la vraie loi travail du moment, sera arbitrée entre des fonctionnaires et des magistrats tous nommés, déjà en poste et ne rendant de compte qu'à leurs administrations respectives !

Pourquoi est-ce si important ?

Parce que cette affaire ne concerne pas qu'UBER mais toutes les plateformes d'intermédiation et, au delà, un changement de société. Il existe déjà des coursiers qui attaquent au prud'homme des plateformes comme TOK TOK TOK mais aussi des quantités de sous-traitants dans les transports où c'est la règle et non l'exception et dans bien d'autres secteurs qui peuvent à l'identique s'en prendre sur le plan social à leur unique donneur d'ordre si celui-ci l'a mis en situation de "subordination". Parfois, ils feraient bien, comme par exemple EDF vis-à vis d'AREVA; mais ceci est en revanche une autre histoire ...

L'URSSAF attaque et c'est UBER qui est mis en accusation. Sans doute est-il le bouc-émissaire tout trouvé représentant le méchant capitaliste. Sans doute est-ce vrai d'ailleurs car dans la chaîne de valeur, ce n'est pas le chauffeur qui y gagnera le plus à terme. Cela dit, des sondages indiquent qu'une écrasante majorité des chauffeurs de VTC rejoint la plateforme pour préserver son autonomie ... Et le client de base s'y retrouve: des véhicules propres, des chauffeurs polis, des véhicules disponibles plus rapidement et des prix inférieurs !

C'est important en outre parce que d'autres idées-reçues sur l'organisation de l'Etat commencent à être remises en cause et pas seulement par des rêveurs ou des TEDxers comme moi. La droite s'intéresse au revenu minimum inconditionnel qui suppose la mise à plat de tout l'Etat providence. La gauche s'intéresse au niveau local aux monnaies complémentaires qui un moyen concret de remettre en cause la "tyrannie" bruxelloise. Même si ces thèmes sont encore le fait de minoritaires, remettre en cause la redistribution et la monnaie sont des événements majeurs encore sous la couverture radar mais réels. D'autres batailles entre anciens et modernes se préparent donc !

Et si le problème était mal posé ?

Et si le problème était plutôt l'URSSAF et son financement et non UBER ? Cet organisme cherche naturellement à garantir son "P&L" dans le cadre de sa rente monopolistique légale. Rien de plus normal de son point de vue. Or, il y a déjà plus de 10% de travailleurs non-salariés en France, 2,8M sur 26,6M selon l'INSEE en 2014 (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=natnon03146). Et leur part augmente. Il y a donc péril pour l'URSSAF si des plateformes privées viennent professionnaliser des secteurs entiers. 

L'URSSAF l'a bien compris d'ailleurs et ceci avant l'arrivée d'UBER. Je suis intervenu depuis plusieurs années dans un centre de formation professionnelle comme professeur vacataire et il m'a fallu accepter pendant plusieurs années des conditions de salarié (moins intéressantes pour moi) parce que cet organisme était sous le coup de la même procédure et pourtant il n'y avait vraiment pas de lien de subordination. Dans ce cas, l'URSSAF a finalement perdu et j'ai pu facturer mes honoraires via ma société mais pendant ces années-là j'ai payé trop d'URSSAF ! C'est toujours ça de pris pour l'URSSAF, c'était neutre pour l'organisme et perdant pour moi !

Si l'URSSAF gagnait à terme, cela signifierait que toute participation à une plateforme collaborative pourrait être assimilée à un lien de subordination et rendrait ainsi le statut de chômeur plus intéressant sans parler des activités "à côté" pour beaucoup de travailleurs "de base". Et pourquoi pas des plateforme d'intermédiation sur le "dark web" qui ne se limiterait pas à la drogue ou au porno ? En attendant, la situation risque d'être gelée. Ce serait toujours ça de pris pour l'URSSAF et de perdu pour l'UNEDIC car les chômeurs tentés de passer au statut d'indépendant en seraient dissuadés.

Et si le problème posé était celui de notre structure étatique et administrative ?

Jean Marie Domenach, le regretté chroniqueur notamment de l'Expansion, écrivait il y a trente ans au moins que nous devrions prendre garde à ce qu'un statut en or massif ne devienne une cage dorée. Nos cadres juridiques et administratifs verrouillés encore pour de nombreuses années correspondent bien à l'économie des années 60/70 où la règle de l'activité était l'emploi salarié et l'alpha et l'oméga de l'emploi salarié était le fonctionnariat...

Dans notre contexte actuel, le cas de l'URSSAF contre UBER est emblématique d'une lutte parfaitement légitime et conforme à l'Etat de droit en vigueur lequel est, lui, de plus en plus en décalage avec les contraintes économiques et sociales. Six ans pour trancher hors toute intervention politique et encore moins démocratique dans ce contexte, équivaut à ne pas trancher et donc à faire supporter à l'ensemble du corps social le boulet de l'URSSAF et de tout un arsenal administratif dépassé pour au moins 6 ans alors qu'il faudrait au contraire "l'UBERISER" d'urgence. 

Pendant ce temps, le monde change partout plus vite que chez nous. Le chinois habitué à trouver un UBER à New York et découvrant à Roissy qu'il faut en passer par le racket des taxis traditionnels pourrait bien décider de s'installer à Londres ou à Genève s'il lui faut vraiment un siège en Europe (pas sûr) ... Les infrastructures classiques de la France ont fait sa force à une époque, sa rigidité pour en changer et adopter des formes de fonctionnement plus fluides deviennent son handicap majeur.

Ou alors celui d'une gouvernance obsolète incapable de se transformer ?

Comme en 1940 (lire l'ouvrage de Marc Bloch que j'ai réédité: l'Etrange Défaite) où l'armée française s'entêtait à donner la priorité de sa logistique à l'avoine pour ses chevaux et non au ravitaillement en carburant de ses blindés, nous appliquons un cadre désuet dans l'espace économique d'aujourd'hui . Et comme en 1940, nous ne nous donnons pas la possibilité de corriger ces situations à la vitesse correspondant au changement de la situation. 

Les exemples que je donne ne sont pas le petit bout de la lorgnette, ils sont l'application dans le détail d'une pensée et d'une gouvernance complaisantes et dépassées. Simplement, vous avez vu la taille des détails ? Et leurs conséquences supportées dans le passé comme celles qui nous attendent maintenant sur l'emploi et sur la croissance ?

Mais que faudrait-il faire ?

Que faut-il opposer à toujours plus d'une "solution" rigide et dépassée dans cette situation nouvelle qui se confirme et se renforce ? Le temps du débat sur les bienfaits comparés du libre-échange et du protectionnisme est passé depuis deux siècles et demis. La France avait déjà pris les mauvaises décisions alors et n'a recollé à chaque fois au peloton qu'avec retard et après des remises en causes douloureuses pour sa population et notamment pour ses membres les plus exposés.

C'est le modèle social français qui nous bloque. Il demeure arque-bouté sur une pensée Colbertiste visant à protéger une société d'abord agricole en retard sur le plan industriel puis dirigiste et ingéniériste face à une concurrence commerçante agile venue d'un ailleurs où l'on sait mieux et plus vite jouer sur l'initiative individuelle ... 

Je suis partisan des solutions en apparence paradoxales. Les libéraux, très minoritaires dans la population et parmi les élus de tous bords, en ont certaines. Comme mettre l'URSSAF et la sécu en concurrence et proposer diverses assurances sociales par divers opérateurs aux travailleurs indépendants. Comme accélérer la mise en concurrence de UBER afin qu'un indépendant puisse se positionner sur plusieurs plateformes de courses mais aussi d'autres prestations de service. Il pourrait ainsi être libre de choisir sa couverture et les activités qui lui conviennent le mieux ... 

Seulement, il faudrait cesser de voir le travailleur comme une victime ou comme un délinquant potentiel mais comme un entrepreneur !

En quoi sommes-nous concernés ?

En rappelant sans arrêt au pouvoir les hommes qui s'y succèdent depuis des décennies et leurs successeurs, nous sommes tous responsables de laisser faire une administration et une justice qui n'ont jamais été là pour diriger. Finalement, nous trouvons que la soupe est bonne et qu'il vaut mieux la certitude de supporter une administration rigide et trop coûteuse plutôt que le risque de la libre entreprise !

Les reculades de l'Etat Hollandiste comme ce fut aussi le cas de l'Etat Sarkosiste laissent à penser que nos "généraux" actuels laisseront les états majors administratifs et judiciaires organiser avec soin la logistique de l'avoine plutôt que l'approvisionnement des blindés. Traduction: que l'URSSAF gagne ou perde dans 6 ans contre UBER et si rien d'autre n'intervient, l'économie française continuera son recul et l'activité des plus humbles (et des autres aussi !) continuera à être plus difficile !

vendredi 8 avril 2016

Le Dire et Faire de la prise de parole

Ca y est, j'ouvre un autre blog "Le Dire et le Faire" sur Word Press cette fois. Celui-ci va continuer sur blogger avec des articles généraux alors que le nouveau blog est dédié à la prise de parole et à TEDx. 

Pour l'inaugurer voici donc un article suite à un événement auquel j'ai assisté comme simple spectateur mais qui m'a conduit à faire quelques réflexions que je partage:


http://www.ledireetlefaire.fr/incarner-le-message-selon-le-contexte/

Bonne lecture et n'hésitez pas à y laisser un commentaire.


dimanche 21 février 2016

Votre histoire n'est rien, ce qui compte c'est l'histoire que se raconte celui qui vous écoute


http://www.widoobiz.com/a-la-une/didier-chambaretaud-nous-livre-ses-5-points-pour-reussir-sa-presentation/66980
Qu'il est donc difficile de communiquer ! Mon dernier livre que j'ai annoncé dans le dernier article de ce blog commence à obtenir quelques papiers ou relais et c'est bien. Je voudrais juste partager ma réaction concernant un petit article de Widoobiz paru Vendredi dernier. Je le salue car il contribue à donner un peu de visibilité au livre et il me donne en plus l'opportunité d'en tirer une leçon. 

Vous pouvez trouver l'article de Widoobiz en cliquant sur la photo ci-contre ou sur le lien ici.

Contexte de l'article

Jeudi matin, Eyrolles l'éditeur reçoit un appel du journaliste et me transmet un mail. L'interview a lieu au téléphone. Le journaliste est dans son bureau et moi sur une chaise à l'accueil d'une école de commerce (l'ISTEC) où j'attends un futur intervenant pour TEDxISTEC. L'entretien dure 15 minutes. Je n'ai pas vu le rendu de l'article avant publication ce qui est tout à fait classique et normal. Il est heureux que le journaliste soit libre d'écrire ce qu'il veut.

Des écarts sans grande conséquence

Le journaliste a structuré son entretien en 5 questions tirées de la table des matières du livre et grosso modo selon le déroulement d'une présentation: 
  1. Comment démarrer ? 
  2. Comment gérer le stress ? 
  3. Quel est le scénario "Parfait" ? 
  4. Comment incarner son propos ? 
  5. Que faire en cas d'imprévu ?
J'ai en effet traité tous ces sujets dans le livre. Il s'agissait pour moi d'une prise de parole particulière devant un auditoire particulier. Force est de constater que l'histoire que j'ai racontée n'est pas tout à fait celle que mon auditoire a relayée ! Et pourtant, mon improvisation correspondait bien à mes principes: elle avait été très travaillée sur le contenu puisque je m'appuie sur un livre de 300 pages et aussi sur l'aspect oratoire puisque je m'appuie sur mes conférences ... Dans cet échange, j'ai donc bien pratiqué "l'immédiateté du déjà-dit" ... j'étais même plutôt content de moi !

A l'arrivée, l'article reprend bien cinq points mais pas tout à fait ceux qui correspondent aux questions ni tout à fait mes réponses non plus. Voyons ce que l'on peut tirer des écarts.

Retourner à la source

http://www.amazon.fr/gp/product/221256368X?ie=UTF8&camp=1642&creativeASIN=221256368X&linkCode=xm2&tag=httpdidiercha-21Revenir à la source est facile pour moi, c'est ce qui m'a donné l'idée de faire un petit exercice sur les écarts entre le dit et l'entendu. Tout d'abord, notez que je ne jette pas la pierre à Widoobiz ni à ce journaliste. En fait, je suis très content qu'ils aient relayé la sortie du livre. Et après tout, ce bouquin n'est pas l'événement de l'année pour eux et sur un tel sujet, tout le monde peut avoir son angle et ses préférences car nous sommes tous plus ou moins amenés à prendre la parole en public, nous sommes donc tous plus ou moins experts.

L'exercice dont je parle consiste à traiter des écarts dans un article qui reprend les questions et les réponses dont j'ai un souvenir précis. Je ne vais pas le faire en détail ici car j'ai désormais un blog dédié à la prise de parole qui le fait et que vous pouvez retrouver en cliquant ici. J'espère que cela vous donnera ainsi qu'au journaliste qui m'a interrogé l'envie de lire le texte du livre qui est à l'origine de l'échange publié. 

En quoi sommes-nous tous concernés ?

La leçon de ce petit exercice est absolument classique en communication. Sans "feedback", ce que l'on envoie à un bout du tuyau n'a pas l'assurance d'être ce que l'on reçoit de l'autre. Lorsqu'il s'agit de sujets majeurs avec d'énormes enjeux partisans, cela nous laisse songeurs quant à la manière de gérer ce phénomène humain bien connu et alimenté de divers biais cognitifs ...

Dans mon cas et dans le cas de cet article, les écarts sont sans conséquence mais pensez à ces "mal entendus" qui surviennent constamment en politique, en entreprise ou en famille qui, devenant des "malentendus", déclenchent alors des conflits. Je ne résiste pas à vous renvoyer à l'article qui présentait la vidéo de mon ami Djamel sur ce sujet précis, Djamel qui d'ailleurs m'accompagnera bientôt dans la préparation des intervenants d'un prochain TEDx à Metz. Revoici cette vidéo:

mardi 26 janvier 2016

18 minutes pour un véritable leadership

http://www.amazon.fr/gp/product/221256368X?ie=UTF8&camp=1642&creativeASIN=221256368X&linkCode=xm2&tag=httpdidiercha-21
Hier, est sorti dans toutes les bonnes librairies et sur le net ... mon dernier livre. Il parle de la prise de parole en public. Il est l'aboutissement de pas mal d'années de pratique et aussi de nombreuses préparations de "speakers" dans divers TEDx et dans des entreprises. Faites-lui donc le meilleur accueil ! Voici le lien: 18 minutes pour réussir votre présentation

Si vous avez le choix, préférez-le à un autre livre qui sortait le même jour, celui d’un ancien président, assez médiocre orateur selon moi.

En quoi sommes-nous tous concernés ?

Au-delà de la méthode proposée et des expériences présentées avec force commentaires de vidéos tirées de TED/TEDx ou d’ailleurs (vous verrez que je n’y ménage pas nos politiciens), ce qui est en cause dans ce livre dépasse la simple éloquence verbale. Ce qui est en cause est une forme essentielle de leadership que les technologies du numérique n’ont pas changée, elles l’ont même amplifiée. 

Tout le monde peut-être leader ponctuellement, la prise de parole est alors à ce moment précis une condition majeure de ce moment de leadership. A fortiori le dirigeant, le prof, le parent, le politique, l’étudiant qui présente sa thèse, le consultant qui planche sur sa « prés », aucun ne peut passer à côté.

De quoi  traite concrètement ce nouveau livre ?

Du Dire! Il aide à se préparer à parler en public en deux grands versants: l'art oratoire et le texte. Le Dire, c’est Parler + Ecrire … tout à la fois et dans cet ordre-là ! Et comme il s'agit d'un livre pratique, il propose une méthode que j'ai appelée "méthode du pendule" car elle renvoie sans arrêt du Parler à l’Ecrire et réciproquement. Au passage, le livre traite aussi des supports et des effets scéniques. Il réserve en cela la place que méritent à mes yeux les "powerpoints": la portion congrue !

L'art oratoire en premier !

Je commence par l'Art oratoire en m'appuyant sur des maîtres modernes venus du théâtre ou issus de TED et des TEDx et aussi des maîtres antiques de la tragédie ou issus de notre passé politique. Tout commence avec l'Art oratoire avec cette révélation que l'espace d'un instant, avant d’ouvrir la bouche, le "speaker" qui a de l'impact oublie tout et réinvente tout pour son public du moment. Je sais ce qu'a d'excessif en apparence cette affirmation. Je sais désormais ce qu'elle a de fondamental pour réussir à se préparer vraiment: tout commence par le Parler ensuite vient le Dire ! 

Le storytelling ensuite !

Ecrire un livre oblige vraiment à apprendre des tas de choses sur le sujet que l'on croyait connaître. Dans ce blog-même et ailleurs, j'avais déjà parlé de storytelling et sur ce point comme sur le précédent, l'écriture m'a conduit a sérieusement approfondir et ce n'est pas fini ! Le storytelling est pour les uns une simple modalité de "comm" et pour les autres une technique de manipulation. Pour moi, c’est en réalité un mode de pensée profondément câblé dans nos cerveaux. Ce n’est pas l’histoire que l’on raconte qui importe mais celle que se raconte votre interlocuteur en vous entendant … Il s’agit alors de penser votre intervention comme un scénario et de présenter vos arguments comme de bonnes histoires … si vous voulez être écouté et surtout entendu.

L’impact pour la qualité du lien

On pourrait se dire que tout ceci est bien démodé avec internet … Mais c’est tout le contraire. Internet est de moins en moins le royaume de l’écrit et de plus en plus celui de l’oral et comme à la télé, même en direct, l’art du scénario et celui du storytelling y règnent en maîtres ! Y avoir de l’impact tout comme dans une salle, avec ou sans micro, nécessite de l’avoir compris et de s’y être préparé. C’est ce que TED et les TEDx ont bien compris.

Au-delà, il y a la qualité du lien que peut établir la prise de parole. Dans une société où beaucoup d’échanges se limitent à du ping pong « d’éléments de langages », ce qui fait la différence c’est le lien, comme le disait il y a déjà quelques temps le philosophe Michel Serres. Là encore, TED et TEDx sont de bons exemples car tout commence parfois sur le net et peut se poursuivre en face à face ou l’inverse.

Converser c'est "vivre avec" !

Ce qui compte pour se prémunir de la superficialité des échanges actuels, médiatisés ou non, c’est la qualité de la conversation qui peut en résulter. Et conversation veut dire étymologiquement « vivre avec ». Ce livre vous donnera des clés de travail et de nombreux exemples. Et peut-être vous emmènera-t-il sur la voie de la conversation ?
 

samedi 2 janvier 2016

2015, le réveil, 2016 les vrais sujets ?

Pour 2016, je nous souhaite collectivement et individuellement de traduire en actes nos résolutions en ayant le courage de traiter les « vrais » problèmes sans nous laisser happer par les diversions ! 

2015 : le réveil !

Toute la presse titre: « 2015, une mauvaise année ». Tout le monde a en tête les attentats, les migrants, le réchauffement climatique... à chaque fois, il semble que les choses aient bougé:

Les attentats ont permis de réaliser que nous étions en conflit (lire ici), non pas depuis le 7 janvier 2015 mais depuis plusieurs décennies. Notre gouvernement a parlé de guerre or celle-ci, de basse intensité, était déjà présente tout autour de nous et nos soldats et policiers  y étaient déjà engagés. Ce n’était pas la guerre, c’était la fin de l’illusion de la paix inconditionnelle et indéfinie … Et il nous faudra bien livrer bataille. Je dis réveil parce que l’on a vu  des résolutions … parfois insignifiantes (état d’urgence, fermeture de mosquées …), parfois efficaces (attentats déjoués, frappes des camions de pétrole de DAESH …)

Des flux migratoires sans précédents en provenance des pays vraiment en guerre, eux, s’agglutinent à nos frontières et ce fait qui concerne d’ailleurs surtout nos voisins pour l’instant a impacté notre calendrier politique. Le FN qui mise sur le rejet de l'immigré a atteint presque 40% parfois au premier tour. Il s’est donc passé quelque chose politiquement. Car tout le monde comprend que le vieux monde politique ne fait plus la maille et beaucoup le montrent désormais en votant FN par défaut. 

Enfin, réveil aussi du côté de l’environnement (lire ici) avec la COP21. Pour la première fois, 195 pays se mettent d’accord pour agir pour la planète et ça se passait en France ! 

Peut-être cette année 2015 aura-t-elle donc été marquée par un début de prise de conscience ?

2016: agir sur le fond !

Pourtant, qu’il est donc dur de changer ! Ce réveil progressif sur la menace terroriste, sur la situation géopolitique et sur le jeu politique français comme sur la gouvernance environnementale planétaire n'ont pas encore permis la prise de conscience de l’étendue réelle des tâches collectives à accomplir.

Attentats : ils ont sans doute un peu réveillé le patriotisme français sans pour autant provoquer le rejet des musulmans autant qu’on aurait pu le craindre, c’est bon signe. Pour autant, il nous reste 4 batailles à livrer et à gagner (lire ici):

Migrants : l’action à mener n’est pas de nous fermer à l’arrivée d’étrangers mais de nous mettre en capacité de les accueillir. Il s’agirait donc de recréer les conditions d'une attraction économique et politique renouvelée et du partage d’une prospérité qui s’en est allée. Nos 3,5 millions de chômeurs officiels et notre taux d’endettement public de près de 100% du PIB passent au second rang et l'on diffère régulièrement le moment de vraiment réformer l’Etat en profondeur, de traiter vraiment la question de nos dettes et déficits endémiques et d'une monnaie qui pour beaucoup se raréfie au profit d'un système financier incontrôlé.

COP21 : le travail de Laurent Fabius a été légitimement salué pour son résultat pédagogique et diplomatique. Il reste maintenant à choisir des priorités adaptées à la situation réelle de l'environnement (les actions retenues sur les émissions de CO2 n’auront aucun impact (selon le MIT et le CCC, lire ici) et à participer à une gouvernance mondiale enfin devenue pragmatique.

Éviter les détournements de l’attention 

Il faudra se donner pour tout cela des moyens et donc véritablement lancer l’incontournable chantier de la refonte à la baisse des missions de l’Etat y compris le millefeuille qui prospère toujours malgré la réforme des régions en trompe l’œil et celui de la remise en cause des prébendes de toutes sortes tout en renforçant les fonctions régaliennes (Justice, Police, Armée). Dans un monde globalisé, libéraliser l’économie et donc responsabiliser le peuple et lui redonner la maîtrise de son destin tout en ayant le courage de couper dans les avantages acquis et dans l’Etat providence ne sont plus des options, nous n’avons déjà que trop tardé. Nous ne pourrons pas arrêter l’UBERISATION en cours mais nous pouvons l’accompagner intelligemment.

On peut se souhaiter tout cela et pourtant, sur tous ces grands dossiers et d’autres, la tentation est grande de regarder ailleurs, de détourner l’attention et non pas d’agir sur les « vrais » sujets. On ferme quelques mosquées quand le scandale commence par l'exclusion des jeunes notamment issus de l'immigration et que l’embrigadement des Jihadistes débute sur le net. On fait des descentes de police sans mandats aussi brutales qu’inutiles sur des militants écolos. On choisit de concentrer de futurs efforts environnementaux sur l'inefficace et coûteuse réduction des émissions de CO2 . Et pour démarrer l’année, on recentre le débat politique sur un thème idéologique totalement inopérant, la « déchéance de la nationalité » qui ne mérite même pas d’être commenté mais qui fait diversion …

Bonne année 2016

A tous les niveaux, 2015 aura donc permis de prendre conscience de certains problèmes de fond et donc de réveiller les citoyens de qui tout devrait vraiment dépendre en fin de compte. Ce n’était donc pas une si mauvaise année. Puisque c’est le jour des vœux, souhaitons que 2016 verra le commencement du traitement conscient et citoyen des « vrais » sujets sans céder aux tentatives de diversion.

mercredi 23 décembre 2015

Impact de la COP21 en 2100: 0,2°C au mieux !

L'accord de la COP 21 n'aura pas d'impact sensible sur le réchauffement climatique, alors que faire ? A partir des thèses du Copenhagen Consensus Center, voyons comment prolonger le premier pas diplomatique réussi de la COP 21 dans le sens ... du bon sens.

L'impossible débat sur le climat

Sensibilisé à la question du changement climatique, j'écoute et je lis désormais les media en étant vigilant sur ce point. Or je constate qu'en ce mois de Décembre si doux, il n'est plus aucun journaliste ou présentateur météo (surtout depuis le licenciement de Philippe Verdier de France 2, ci contre) qui ne fasse son intro sur le réchauffement climatique ... ancrant chaque jour plus profondément l'évidence "climato-consensuelle".

Ainsi qui voudrait encore débattre d'une évidence aussi dangereuse ? Et avec qui ? Les tenants d'autre chose que de la thèse du GIEC sont désormais taxés non plus de "climato-scepticisme" mais de "climato-négationnisme"(c'est une mauvaise traduction de l'anglais climate change denier). Cette référence implicite au nazisme fait désormais office de police de la pensée. Elle montre assez qu'aucune discussion n'est plus possible ... (voyez ce qu'est la loi de Godwin ici) .

Les attaques Ad Hominem des deux côtés font recette. C'est propagande contre propagande d'autant plus qu'aux USA, les Démocrates sont dans l'ensemble du côté du consensus et certains Républicains du côté du scepticisme. Sur un sujet présenté comme engageant la survie de la planète et comportant de nombreux aspects scientifiques, il n'y a donc pas de débat sur le fond, il n'y a que de l'invective. Puisque la politique et la médiatisation ont investi le domaine scientifique, comment le bon sens va-t-il s'y retrouver ? Y-a-t-il une médiation possible vers une gouvernance raisonnable, en commençant par les idées avant de passer aux prélèvements fiscaux ?

L'indispensable retour au bon sens

Je vais m'appuyer sur un auteur et speaker TED, Bjorn Lomborg, pour proposer une approche dont je vois bien le cousinage avec celles que j'ai eu l'occasion de proposer dans un contexte d'entreprise. Je vous dis tout de suite que Lomborg, bien que n'ayant pas le profil-type du pollueur réac classique (c'est un prof danois, ancien de Greenpeace, gay et végétarien !) est considéré comme un provocateur climato-négationniste à la solde des pétroliers. Il n'a plus beaucoup d'amis chez Greenpeace ... Pourtant, ce trublion infréquentable, m'a semblé avoir eu une idée qui "vaut la peine d'être partagée". Voici sa vidéo à l'occasion de TED 2005 (Bjorn Lomborg fixe des priorités pour le monde. | TED Talk | TED.com ):


Lomborg est statisticien et économiste et non climatologue. Dans son livre L'écologiste sceptique, il ne remet en cause ni le réchauffement récent, ni les modèles des gaz à effet de serre mais estime que leur sensibilité au CO2 est exagérée. Pour Lomborg, c'est un problème secondaire comparé aux priorités de développement comme fournir de l'électricité et de l'eau potable à l'Afrique. Il part de l'idée qu'un choix, et surtout un choix d'investissement quel qu'il soit, doit s'évaluer en fonction de deux axes. D'un côté, l'importance de l'impact attendu de l'action considérée et de l'autre son coût qui peut être mesuré en effort financier, en temps et/ou en tout autre forme d'effort. En croisant les deux axes, on a alors une meilleure idée de ce qu'il est utile de faire. Voici le genre de matrices classiques coûts/bénéfices ou atouts/attraits que j'ai souvent utilisé pour ma part à l'occasion de missions de  changement stratégique:
Pourquoi ne pas faire pareil avec les choix politiques ?

L'impossible maîtrise du réchauffement  !

Eh bien, c'est l'idée de Lomborg. Classer les actions en fonction de leur retour sur investissement en croisant leur impact relatif et leur coût. Alors pour cela, il faut d'abord évaluer l'impact de la mesure. C'est ce qu'a fait le CCC sur l'accord de la COP 21. C'était possible dès le début Décembre car très astucieusement, Laurent Fabius avait demandé aux 195 Etats de faire parvenir leurs promesses de réductions d'émissions de CO2 AVANT la conférence (185 l'ont fait). En code ONUsien, il s'agit des INDC (Intended Nationally Determined Contribution). Vous pouvez lire ici un article grand public qui tire la conclusion de ce travail académique.

Voici en rouge la courbe du modèle prévisionnel du GIEC si l'on ne fait rien, en turquoise la même ajustée de l'impact des promesses INDC jusqu'à 2030 selon le modèle GIEC et en vert la même en espérant que les actions seront prolongées jusqu'en 2100.

D'après communiqué de presse de l'article de Lomberg, courbe tirée de: http://www.pensee-unique.fr/news.html#cop21

Cette courbe montre l'impact minuscule de l'accord de Paris: au mieux 0,17°C dans l'hypothèse d'un effort d'investissement soutenu de 100 mds$ par an pendant 85 ans ! Cet article officiel est "revu par les pairs" vous pouvez vous le procurer ici. Il ne me semble pas s'agir d'une propagande invérifiable mais du traitement des chiffres publics et des modèles qu'utilise le GIEC lui-même. Cela mérite réflexion !

Ci dessus, le résumé très clair de cet article dit: "Toutes les politiques du climat ... depuis 2000 et jusqu'à 2030 et maintenues jusqu'à la fin du siècle réduiront probablement le réchauffement climatique d'environ 0,17° en 2100".

Malgré le fait qu'il s'agit d'une publication académique officielle et "revue par des pairs", on pensera que l'auteur ne peut qu'être de parti pris.

Alors, j'ai pu constater que d'autres analystes parviennent aux mêmes conclusions: impact de 0,2°C en 2100 ! Il s'agit au MIT du Joint Program on the Science and Policy of Global Change. A la question de savoir ce que sera l'impact des politiques du climat, la réponse est très claire (page 2 de l'Outlook 2015 que vous pourrez télécharger comme je l'ai fait): "Assuming the proposed cuts are extended through 2100 but not deepened further, they result in about 0.2°C less warming by the end of the century compared with our estimates, under similar assumptions, for Copenhagen–Cancun".


En quoi sommes-nous concernés ?

Tout se passe comme si nous étions tous convaincus qu'il serait essentiel de d'investir 8500 mds de $ pour avoir l'espoir de réduire le réchauffement au mieux de 2 dixièmes de degrés dans un siècle. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce raisonnement !

Pendant ce temps, il y a eu cette année 1 million de réfugiés-migrants en Europe ... Ne serait-il pas plus judicieux de nous préoccuper de nous adapter aux nouvelles conditions de notre monde: climatiques sans doute, mais aussi économiques, sociologiques, démographiques, politiques ? C'est pour cela qu'il pourrait être judicieux de remettre les priorités dans un ordre plus raisonnable à l'image de l'approche du CCC illustrée ci-dessous:







dimanche 13 décembre 2015

ERRATUM: COP 21

Chers amis,

Mon article sur la COP 21 a été publié par erreur alors qu'il n'était qu'à l'état de brouillon. Le voici terminé ici: http://didierchambaretaud.blogspot.fr/2015/12/cop21-quoi-bon.html avec les liens, photos et références vidéos.

Merci