mardi 18 novembre 2014

Don Salvatore: penser l'impensable !

Grand événement: vient de paraître sous le label d'édition ACATL le premier roman papier de cette marque que j'ai lancée timidement il y a deux ans. Il s'agit du quatrième roman d'un jeune auteur que j'aime beaucoup: Mario Capraro. 

Un roman réaliste, simple et bien mené

Cet auteur que j'ai connu il y a près de deux décennies, n'était pas encore auteur et certes pas encore retraité non plus. Il a été mon client, un client exigent et pragmatique. Comme ses romans d'ailleurs qui sont très documentés et ancrés dans le réel et un réel qui fait froid dans le dos quand il nous parle de mafias et de finance internationale ...


Une suite de TEDxLaDéfense

Mario avait été l'un des intervenants de mon premier TEDx en 2012. Italien d'origine, lyonnais d'adoption, ancien informaticien et chef d'entreprise, il se passionne pour l'intelligence économique et l'analyse des risques ... Pour lui une bonne histoire vaut mieux que des traités d'économie. Voici la vidéo où il nous expliquait au plus fort de la crise de l'euro comment il traite les banquiers ... dans ses romans:


En quoi suis-je concerné ?

Je ne peux pas vous en faire une critique indépendante car j'ai édité ce nouveau roman qui va plus loin encore que les précédents, objets de la vidéo ci-dessus.

Au delà de TEDx, je réalise que cette nouvelle histoire rejoint certains de mes sujets de prédilection. Non pas la mafia que je ne connais pas car il est question ici de la vraie mafia, pas de celle de nos hauts fonctionnaires (encore que ...).

Il y a donc d'abord le sujet que nous avions voulu aborder à TEDxLaDéfense: la toute puissante finance internationale qui ne semble plus faire horreur à notre Président ...
Il y a le "Story Telling".
Il y a le web qui joue son rôle.
Et surtout un personnage central, hors du temps, un Consulente. Un intermédiaire, otage professionnel et consultant qui renvoie à une tradition héritée de l'antiquité. En vérité, un médiateur mais un médiateur qui risque sa peau. N'est-ce pas emblématique aujourd'hui ? En tous cas, voilà un personnage qui me parle personnellement, vraiment !

Il est question subtilement dans ce roman du lien humain. Même si l'auteur refuse cette discussion qu'il trouve trop intellectuelle, j'y trouve, moi, en filigrane une interrogation profonde sur la nature du lien humain. Lien familial et lien du sang contre lien économique. Et toute l'intrigue se noue autour d'une question oubliée aujourd'hui, celle de l'honneur et d'une quête au contraire très actuelle, celle du sens ...

Je vous le recommande, bien sûr.

samedi 15 novembre 2014

Comment sauver la vie du contrôleur de la SNCF

Affaire de vie et de mort, le 19 Juin 2009, l'opération "Défibril'à coeur" était lancée par la SNCF. Elle visait à doter les gares et TGV de "DAE" (Défibrillateur Automatisé Externe). 60000 personnes décèdent chaque année d'un arrêt cardiaque à défaut d'une intervention RAPIDE avec un tel appareil.

S'adresser au contrôleur svp !

Les DAE furent donc déployés dans les TGV. Peut-être pas partout ni sans retard mais qu'importe, la statistique est bonne fille. D'ailleurs, il n'y a pas de statistique. Pourquoi donc ?

Je voyage très souvent par le TGV-Est. L'autre semaine, j'ai pris une consommation au bar ce que je ne fais jamais car je n'aime pas attendre ... Là, j'avais une petite faim ! Le gentil barman me fit signe de la main que je ne devais pas attendre accoudé au bar pour ne pas gêner le service de ceux qui attendaient déjà leur croque-monsieur accoudés aux tables derrière moi ! Oups, pardon ! Me décalant sur la gauche suite à cette injonction peu amène mais de bon sens, j'entrepris la lecture de la notice de l'objet vert avec lequel j'étais désormais en tête à tête: je déchiffrai "DAE" et sa notice d'utilisation. C'est simple, il faut appeler le personnel de bord, ouvrir la boîte et utiliser l'instrument. Tiens pourquoi faudrait-il appeler le personnel de bord ?

Enfin mon croque-monsieur fut réchauffé et je posai ma question au barman. Entretemps, j'avais eu le temps de remarquer que la boîte était nantie, sur le dessus, d'une serrure fermée à clef. Le barman parut surpris et me dit que la boîte était fermée à clef (merci, j'avais remarqué). Pour utiliser le DAE, il faut demander au personnel de bord (ah bon). D'ailleurs lui, il a une clef ... et d'ouvrir un tiroir pour me le prouver; mais apparemment pas de clef dans le fouillis ... !

"Non mais, de toute façon, il faut aller chercher le contrôleur !" 

Je résolus donc de poser la question au contrôleur lors de son contrôle.

C'est le contrôleur qui a la clef

20 minutes plus tard, au contrôleur: 
- bonjour monsieur, à votre avis ... supposons que je sois médecin et que je diagnostique que mon voisin fait une crise cardiaque,  aussitôt je tente de le sauver mais comment faire sans défibrillateur ?
- mais même si vous n'êtes pas médecin (large sourire condescendant et ton légèrement soulagé), il vous suffit d'utiliser le "DAE", juste là ... et l'homme en uniforme de s'apprêter à tourner les talons ...
- ah merci, seulement je n'ai pas la clef ...
- et non, la clef, c'est moi qui l'ai (sourire)... Et de me montrer à sa ceinture une grosse clef en laiton de la SNCF qui n'a rien à voir avec le DAE, ce qu'il réalise (le sourire disparaît), et de me faire entendre alors le cliquetis d'un trousseau dans sa poche.
- ah, je dois donc d'abord trouver le contrôleur pour utiliser l'appareil alors.
- ben oui (ennuyé)
- et ça pourrait être long, objectai-je, par exemple si je pars vers l'arrière du train alors que le contrôleur est à l'avant ou l'inverse ... une vie ne tient décidément qu'à un fil et parfois à une clef !

Le contrôleur n'est plus si soulagé et paraît nettement moins sûr de lui. Il arbore plutôt un air d'impuissance et de surprise (personne ne s'était semble-t-il posé une telle question, à commencer par lui)
- pourtant, continuai-je, si j'ai bien compris, pour sauver une vie dans ce cas, il faut agir vite non ?
- (sur le ton légèrement agacé de celui à qui l'on parle d'un cas qui n'arrive jamais) vous savez, on nous en a tellement volé que la décision a été prise de les mettre sous clef alors hein ...
- ah très bien, donc si je résume, il n'est pas nécessaire d'être médecin pour utiliser l'appareil mais il faut être contrôleur pour avoir la clef qui y donne accès  ... 
- blanc (là le contrôleur est pressé de poursuivre son contrôle).

Le cas de la crise cardiaque d'un passager étant réglé tragiquement par défaut, il reste toutefois un cas hypothétique qui pourrait encore justifier la présence des DAE.

- juste une dernière question dis-je encore, et si c'était vous qui aviez une crise cardiaque ?

Comment sauver la vie du contrôleur de la SNCF

Là bien sûr, cette hypothèse ne peut qu'être farfelue puisque le contrôleur y a répondu par un haussement d'épaule avant de poursuivre son labeur. Mais si je devais être par extraordinaire la personne devant sauver la vie d'un contrôleur défaillant cardiaque, je connais désormais la marche à suivre, la "best practice":
  1. faire les poches du contrôleur, toutes ses poches, se saisir de toutes ses clefs,
  2. courir au prochain défibrillateur (je sais maintenant qu'il y en a un au bar),
  3. essayer toutes les clefs ...
  4. ... jusqu'à trouver la bonne,
  5. ouvrir et se saisir de l'instrument,
  6. revenir sur le lieu du malaise du contrôleur,
  7. faire usage de l'instrument,
  8. noter l'heure du décès, et
  9. prendre les noms des témoins pour ne pas être accusé de non-assistance à personne en danger !
Dernière minute

Je n'ai pas publié l'article tout de suite afin de faire de menues vérifications. Sur un autre train, un contrôleur plus jeune et moins défensif a fait une autre réponse. En fait, le contrôleur doit au départ du train passer donner un tour de clef pour ouvrir la boîte ... Voilà sans doute pourquoi le premier interrogé s'était montré si défensif, il se sentait coupable de n'avoir pas appliqué la consigne !
En quoi sommes-nous concernés ?

Un homme serait mort de crise cardiaque dans le TGV Rennes-Paris le 24 Novembre 2011 (je n'ai pas vérifié l'info et rien ne dit qu'il s'agissait du contrôleur !)...

Selon une enquête de l'ANSM datant de Juillet 2014, 30% des exploitants de DAE déclarent avoir eu un usage au moins une fois de l'appareil sur au moins une personne (l'enquête ne précise pas dans combien de TGV !) et selon cette enquête, 18% auraient connu une panne !

Notre Société est droguée de communication sécuritaire mais semble en panne de bon sens. Elle a le secret pour développer des procédures et des normes de sécurité de toutes sortes pour parer à tout. Elle oublie juste de prendre en compte leur rapide obsolescence du fait ... notamment du facteur humain et des contre-mesures de sécurité ...

A propos, j'allais oublier. Pour être parfaitement tranquillisé, j'ai un fugace instant, imaginé acheter mon propre DAE et le placer dans mon sac de voyage (sans clef). J'y ai renoncé car j'ai lu que ces instruments ne doivent pas être utilisés dans un véhicule ni en situation de déplacement avec vibrations et chocs ...!


lundi 3 novembre 2014

TEDxIesegParis: keep moving forward !

Cette semaine, se tient à Paris-La Défense un événement TEDx qui m'est cher pour différentes raisons.
Tout d'abord, il fait suite à TEDxLaDéfense qui n'a pas pu se poursuivre en l'absence de volonté partagée des organisateurs. Là, nous avons une équipe d'étudiants sympathiques qui reprend le flambeau et qui réalise à 15 jours d'intervalles deux TEDx sur leurs deux campus. L'un à La Défense l'autre ensuite à Lille. Le TEDxIESEG de La Défense devrait être retransmis en direct sur le campus de Lille.

Ensuite, après "Humanisme et Profit" de TEDxLaDéfense, le thème toujours actuel du "Progrès" mais tellement mis en doute aujourd'hui permettra comme toujours de présenter diverses perspectives originales et divers témoignages étonnants.

Enfin, n'ayant participé à ce TEDx que comme consultant et non comme organisateur, j'aurai le plaisir de faire mes premières armes de "talker" après avoir été présentateur. Mon sujet ? Disons que je mettrai en perspective la notion de réussite sur le temps long en me postant tout en haut ... d'un haricot ! 

Alors que je conseille de plus en plus d'intervenants, me voilà en situation de le faire moi-même mais attention, le contexte est particulièrement relevé vu la qualité des autres speakers !

A bientôt pour vous commenter certaines vidéos.

dimanche 26 octobre 2014

Arnaque aux aides à l'isolation des combles

En ces temps de réchauffement climatique et néanmoins de préparation aux froidures hivernales, voyons comment se déroule le plus légalement du monde la consommation bien organisée de certaines aides et subventions aux économies d'énergie.

Une démarche commerciale "inappropriée"

Depuis des mois et des années, de mauvais centres d'appels écument les n° de téléphone des particuliers de notre région pour prendre des rendez-vous visant à leur faire faire de grandes économies "écologiques". Je passe sur ceux qui veulent installer des capteurs sur notre toit pour revendre l'énergie à EDF ... Même sans formation économique, on comprend d'instinct qu'un tel pari a peu de chances d'être gagné car il faudrait parier sur la stabilité des subventions et du système fiscal ...! L'accroche est toujours liée à une démarche d'étude concernant l'environnement et en prime à de fantastiques économies ... si nous sommes propriétaires et que nous payons des impôts ! Nombreux sont les appels que nous recevons, moins nombreux sont les commerciaux qui se présentent effectivement ...

Mais il y a quelques jours, nous avons reçu le représentant d'une société alsacienne d'isolation, l'AFPEC ou "Agence française pour l'environnement et le climat". Notez que le sigle fait penser à ces nombreuses agences d'Etat aux missions d'intérêt ... très général. Belle brochure quadri glacée de 32 pages ! Située en Alsace, cette société ferait entre autres des chantiers d'isolation de combles dans toute la France ... pas de souci apparemment pour financer les frais de déplacements et d'hôtels des employés, vous allez comprendre pourquoi.


Suit un argumentaire montrant que la totalité des travaux pourrait être couverte par les nouveaux dispositifs d'aide et de réduction d'impôts jusqu'à 16 000 €. Et sans autre analyse qu'une rapide visite de notre grenier, le "technicien expert" (car ce commercial préférait ce titre !) de cette société nous annonce rapidement qu'il nous en coûterait, comme par hasard, justement 16000 € pour une isolation consistant en une pose à plat de laine de roche sur la chape de béton. Donc une opération blanche pour nous sur l'investissement mais avec une économie de consommation de chauffage de 40% ! Et si nous options pour une isolation des rampants sous le toit, le montant serait de 18000 €.

Peut-on faire mieux ?

Un artisan de notre ville a estimé la première opération, pose comprise à 2400€ et la seconde, sous rampants à 10000 €.

Où l'on voit comment les économies d'énergies et les subventions sensées répondre aux problèmes d'environnement et soutenir l'emploi sont sans aucun rapport avec le coût réel des travaux. Elles sont en fait simplement captées par des entreprises opportunistes et surtout par les organismes de financement qu'elles représentent .

Sans doute nous rétorquera-t-on que ces entreprises sont qualifiées "RGE" et qu'à défaut, rien ne saurait sérieusement garantir la qualité et la valorisation de notre patrimoine ... Quand on sait que l'on acquiert cette "qualification" en faisant un stage qui revient à 600€HT plus frais de dossier, on comprend qu'une nouvelle fois, l'argument de la norme est un simple faux nez. Quelle qualification "poussée" faut-il pour dérouler 20 cm de laine de roche sur une surface plane ?

Agir par nous-mêmes sans demander d'aides

Notre intention est donc bien d'isoler nos rampants. Nous achèterons les matériaux en grande surface et si nous ne trouvons pas à proximité de matériaux "écologiques" comme la laine de bois, nous les achèterons en Allemagne toute proche. Après avoir confié quelques réparations à un couvreur, nous ferons la pose nous-mêmes et nous pensons que pour un investissement de moins de 2000€ (nous avons déjà fait ce type de travaux dans deux autres logements) notre retour sur investissement se fera en deux à trois ans sans aucun recours à ces subventions et réductions d'impôts. 

Une telle politique "d'incitation fiscale" qui consiste en de simples transferts du contribuable vers certaines entreprises est-elle soutenable avec une dette approchant 100% du PIB ?

Il nous faut au contraire chaque fois que possible agir par nous-mêmes, éviter à la fois les lourds et coûteux dispositifs gouvernementaux, choisir des matériaux écologiques et durables (la laine de verre ou de roche est à changer tous les 15 ou 20 ans et leurs poussières peuvent-être toxiques) et soit faire appel à des artisans sérieux, soit faire la pose nous-mêmes ce qui prend un peu de temps mais n'est pas si difficile.

En quoi sommes-nous tous concernés ? 

Les politiques gouvernementales à base d'incitations fiscales ou de subventions aboutissent comme ici un peu trop souvent à la création de bulles qui confinent à l'arnaque du contribuable/consommateur, à la création de dispositifs étatiques inutiles, coûteux à maintenir et à réformer. La conséquence ultime de cette approche est la déresponsabilisation voire l'infantilisation du citoyen alors qu'il serait bien préférable d'apprendre à se passer d'un Etat qui ne peut déjà plus s'aider lui-même.

Certes, il s'agit d'une goutte d'eau dans un océan d'inefficacité mais il est symptomatique d'une forme de "pensée" de la gouvernance qui se caractérise par:
  1. Aides/incitations fiscales,
  2. Complexité et complexification,
  3. Normes de sécurité, de qualité ou environnementale,
  4. Expertises "captées",
  5. "Partenariats" public-privé dont certains secteurs ou opérateurs profitent (voir notre article sur les nouveaux fermiers généraux),
  6. Matraquage médiatique et très faible retour d'expérience réel et sérieux.
Face à cela, et puisque les initiatives de nos gouvernants, certes soucieux d'agir pour l'intérêt général, conduisent souvent à des dépenses incontrôlées et parfois à l'opposé de l'effet souhaité, il est temps que chaque foyer s'organise par lui-même, avec l'aide des informations disponibles notamment sur le net et avec, si nécessaire, de vraies compétences disponibles localement et sans le surcoût de normes superflues qui de surcroît n'orientent absolument pas vers de vrais matériaux écologiques.

Et tout ceci n'empêche pas la mer, ni le taux de rejet de CO2 dans l'atmosphère de monter comme je l'ai si souvent écrit dans ce blog...


samedi 11 octobre 2014

Fin de l'Ecotaxe, place aux fermiers généraux !

Voilà c'est fait, comme nous l'annoncions ici depuis des mois, le projet Ecotaxe est enterré. Il serait trop facile d'imputer ce fiasco à Ségolène Royale. Elle a eu au moins le courage de trancher.

250 millions par an pendant 11 ans

C'est ce que va coûter l'entreprise "Lorraine" Ecomouv à l'Etat français en pure perte ! Car comme le disait le député Savary, nous vivons dans un Etat de droit, nous ne pouvons déjuger la signature de la France au bas d'un contrat. Donc avant, il y avait un consortium hyper inefficace mais extrêmement rentable, maintenant il y a un transfert financier direct et en totalité du contribuable vers un consortium italien piloté par Goldman Sachs !

Cela vaudrait la peine de voir comment l'on pourrait amener, dans le respect du droit, ce consortium à intervenir pour au moins soutenir les PME et start up lorraines !

Le retour des fermiers généraux

A l'occasion de cette funeste affaire, on apprend que comme il va bien falloir financer les infrastructures existantes qui se dégradent, on va augmenter le coût des péages, donc faire payer non plus les transporteurs mais tous les usagers ! 

Vous remarquez que malgré les cris des écolos, il ne s'agit plus du tout d'une politique environnementale, il s'agit ici purement de collecte d'impôts pour entretenir les routes et autoroutes ! Et cet impôt est confié à Vinci et à Eiffage entre autres. Comme le dit encore Savary, sur un euro payé à Vinci, 40c reviennent à l'Etat, tout de même ! Encore heureux pourrait-on se dire !

Ne trouvez-vous pas frappant le parallèle avec la fin du 18e siècle comme le remarquait dès 2011 Jean Pierre Fourcade, devenu sénateur ? A cette époque en effet, des particuliers, appelés fermiers généraux, achetaient une charge (comme les professions protégées dont nous parlions dans le précédent article) et prélevaient l'impôt dont il reversait une part au roi. Déjà à l'époque cela permettait à court terme à l'etat de faire rentrer de l'argent frais mais cela réduisait les rentrées ultérieures, alourdissait la charge du contribuable et conduisait l'Etat à s'endetter. 

Aujourd'hui, des groupes achètent des concessions par appels d'offres interposés (comme l'a fait Ecomouv, dans des conditions plus que suspectes) et prélèvent un véritable octroi. CQFD.

L'inefficience de notre système étatique de gouvernance

En Septembre, mon épouse et moi avons conduit notre fille à Vienne (Autriche) où elle a emménagé pour un séjour Erasmus. Nous avons traversé une partie de l'Europe Centrale avec notre grosse voiture familiale pour transporter sacs, ustensiles, vêtements et vélos. En dehors du carburant, à l'aller, il nous en a coûté 8 euros soit le prix de la vignette autoroutière autrichienne pour 10 jours car nous sommes passés par le Luxembourg et l'Allemagne où les autoroutes sont gratuites par puis l'Autriche où l'on achète une vignette. Au retour, nous sommes passés par Haguenau. Nous avons donc acquitté 8 euros rien que pour faire le trajet d'Haguenau à Forbach !

Même si je dois à la vérité de dire que la qualité du revêtement et même des sanitaires est de bien meilleure facture en France, on ne peut que s'étonner de la différence de prix pour ce service régalien quasiment obligatoire ! Cela traduit la déroute d'une conception erronée de la gouvernance de l'Etat à la française. La toute puissante et arrogante puissance publique passe de l'autoritarisme sourcilleux à la délégation de Service Public sans limite ni réel contrôle (lire l'auto-satisfecit ici). Cela revient finalement dans les deux cas à créer une classe privilégiée et à en faire payer le coût au contribuable et/ou à l'usager. Des fermiers généraux de Louis XVI à Ecomouv, même combat !

Dans le cas des autoroutes, nos gouvernements récents, égarés par une certaine conception pseudo-libérale ont concédé ces "charges" de fermiers généraux aux sociétés d'autoroutes jusqu'en 2032. Et comme nous l'avons montré dans nos articles précédents, ce sont les mêmes qui commencent dans les cabinets ministériels pour finir dans les comités de direction de ce type d'entreprises selon le système bien connu de la pantoufle.

En quoi sommes-nous concernés ?

Si l'on y regarde bien, notre vie quotidienne est corsetée par de multiples obligations de consommer de façon normée des services obligatoires qui ne sont finalement que des impôts prélevés par des organisations privées qui en laissent une part congrue à l'Etat. Vinci par exemple, une compagnie des eaux gèrent les péages autoroutiers, les parkings de centre ville incontournables au moment les municipalités font tout ce qu'elles peuvent pour limiter l'accès des centre-villes ... Tout devient péage obligatoire (on disait "octroi" dans l'ancien temps) et tout pointe dans la direction de ces entreprises spécialistes des "utilities" par ailleurs devenues expertes en l'art subtil du "Marketing Social et Politique".


Depuis quelques temps déjà, nous avons entrepris de nous échapper de tous ces systèmes contraints par exemple en ne prenant plus l'autoroute quand c'est possible. Et il semble qu'à la faveur de la crise, nous ne soyons pas les seuls car pour la première fois en 2011, le trafic "VL" a baissé sur les autoroutes de notre beau pays.

Mais la situation que révèle le fiasco de l'Ecotaxe pose plus largement le problème d'une gouvernance que décidément les citoyens vont devoir reprendre en main. Cela finira inévitablement par entraîner la rupture unilatérale des contrats qui leur sont trop défavorables et de placer devant leurs responsabilités ceux qui les ont signés et qui en font profiter leurs amis. Ces "amis" sont des consortium divers qui n'agissent plus selon les principes de la libre entreprise ni d'une saine concurrence mais appliquent bien souvent des pratiques de lobbying et d'influence politique qui confinent avec des pratiques mafieuses comme nous l'avons montré ici  dans le cas de l'Ecotaxe. 

Pour les curieux, rappelons-nous que des 45 fermiers-généraux de1791, 37 furent ensuite guillotinés (jugement du 19 floréal An II, soit le 8 mai 1794). 

vendredi 8 août 2014

Maginot et la globalisation

Le débat sur la remise en cause des professions règlementées illustre par le petit bout de la lorgnette à la fois notre très chronique difficulté à réformer et le fait que la pression pour le faire devient intenable.

L'impossible réforme

Notre "belle" Révolution française, mythe fondateur de notre identité nationale par excellence, s'est réalisée à la base contre les privilèges. C'est dans tous nos livres d'Histoire. On a saccagé les sacristies, envoyé les aristocrates à la lanterne et pourfendu les privilèges ... Le tout ayant ensuite servi de modèle à toute l'Europe ce qui nous a rendus si fiers...

Et avec quelle constance le 19e siècle puis le 20e ont-ils reconstitué ces privilèges sous les habits de la modernité ! Même réalisée dans le sang, il semble que notre société ne veuille pas de la réforme et soit attachée aux privilèges et aux privilégiés. Alors que penser des efforts de M. Montebourg pour les éradiquer ? C'est vrai que là au moins il est cohérent avec les idées de ses écrits (La Machine à trahir, Denoël 2000). 

Enfin, qui peut défendre le greffier d'un tribunal de commerce qui gagne 40 k€ mensuels ? Surtout quand on connaît l'inefficacité, la partialité de cette justice hors champ (constituée de juges non professionnels ...) et parfois même les détournements dont elle se rend coupable au détriment de ses justiciables ! Mais, soyons précis, il n'y aurait que 2 ou 300 de ces greffiers hors normes (à ne pas confondre avec les employés des autres tribunaux qui n'ont pas de tels revenus). Une goutte d'eau donc.

Mais il y a aussi les taxis, les opticiens, les huissiers, les notaires, les chirurgiens dentistes ... tous accusés d'être bien plus rentables que la moyenne des entreprises en France grâce à des règlementations adhoc qui les protégent. Objectivement, le rapport caché de l'Inspection Générale des Finances (pas lu car pas public !) ne semble pourtant trahir aucun secret, juste un tabou qui concerne tout de même plus d'un million de professionnels privilégiés (à des titres très divers). Parfois, il s'agit vraiment de résurgences d'un passé révolu comme dans le cas des greffiers de tribunaux de commerces (une charge qui remonterait à l'Ancien Régime !), parfois les choses sont plus discutables.

Ce qu'il faut vraiment prendre en compte pourtant, c'est cet incroyable conservatisme qui nous empêche de balayer les archaïsmes au fur et à mesure ... Cela finit par encombrer l'étable ! Le résultat coûte très cher au plus humble citoyen qui ne peut s'y soustraire. Et cela entraîne un manque de compétitivité économique qui se paye cash en perte de parts de marché et en chômage structurel.

Le petit bout de la lorgnette

Montebourg semble faire enfin œuvre utile cependant. Je retiens la petite phrase du ministre: "mon ennemi, ce sont toutes les formes de conservatisme". Le dossier est donc sur la table, soyons attentifs maintenant à la manière dont il sera sans doute enterré. Déjà sortir un tel sujet en pleine vacances d'été n'est pas bon signe.

Seulement, certaines de ces professions privilégiées ont une véritable utilité sociale et doivent être correctement rémunérées, et en outre, elles peuvent mettre la pagaille dans le pays. Jusqu'ici les gouvernements, à commencer par ceux de feu le Grand Général, n'ont pas osé se risquer à y mettre bon ordre pour cette raison. 

Ensuite, les français ont bien compris que les privilèges les plus coûteux sont ceux d'une Administration pléthorique, multiforme et multiniveaux et d'élus non représentatifs, impuissants et complices. C'est un autre dossier qui peine, lui, à venir vraiment sur la table. Or c'est là que s'exerce la pression de Bruxelles, des marchés, et des tenants de l'économie libérale globale.

La crainte est que le premier dossier (le petit) soit un leurre pour retarder encore le traitement sérieux du second (le gros). Montebourg a donc, comme souvent, pris le problème par le petit bout de la lorgnette ... mais au moins il l'a pris.

La ligne Maginot est en train d'être contournée

La réflexion que tout ceci inspire est que malgré l’atavique conservatisme français, la ligne Maginot des avantages acquis est en train d'être contournée. Comme disait Voltaire: "les français arrivent à tard à tout les derniers, mais enfin ils y arrivent !" (Lettres, 2 Avril 1764)

Fort de la Salmagne, fort de la ligne Maginot.

Réformer ce qui doit l'être est une nécessité si l'on veut s'adapter au changement de notre milieu. Si l'on ne fait pas les choses à temps, dans l'ordre, en transparence et sérieusement, on risque simplement de les faire trop tard, de manière anarchique, de façon cachée et sans réfléchir ! Et donc de créer de forts ressentiments, de faire de mauvais compromis et de mettre en danger ici et là des compétences utiles.

Le dossier des professions règlementées montre donc que des tabous sont en train de sauter. Prenons garde, pour filer la métaphore de 1940 jusqu'au bout, que d'avoir voulu résister par paresse et par esprit de caste en se fortifiant dans ses habitudes et ses avantages quand il fallait au contraire être mobile,  n'aboutisse à une nouvelle Occupation et à une nouvelle Collaboration !

dimanche 27 juillet 2014

J'habite une grande région !

Pourquoi l'essai de nouveau dessin de la carte de nos régions est une non-réforme et comment une autre carte est peut-être en train de se dessiner "toute seule" !

Un aimable Grand Débat sur le découpage de nos régions !

L'objectif de notre gouvernement était de faire des économies, il cherchait 30 milliards. Des assurances ont été données: pas de suppressions de postes ! Ouf tout va bien, nous savons donc d'emblée que d'économies, il n'y aura point. Le "vrai" débat peut donc commencer, passionnant comme souvent en France, car l'occasion est donnée à de nombreux chercheurs, journalistes et experts de faire des remarques pertinentes voire brillantes. Florilège:

L'identité régionale n'est pas réductible à l'aire culturelle.
Le découpage culturel ne recoupe pas les pôles d'attraction économique.
L'attraction économique est le fait des métropoles et non celui des territoires.
Au fait, nous n'avons en France qu'une métropole mondiale (Paris) deux métropoles européennes (Lyon et Marseille) et 7 ou 8 pôles régionaux secondaires (ma ville de Metz n'en fait même pas partie)
Au passage, la région parisienne qui englobe de fait Rouen, Reims, Orléans et même Lille, devrait se comparer au grand Londres et à New York pendant que la Corse n'est soluble dans rien d'autre qu'elle même ...
Et quid des territoires interstitiels (=vides), majoritaires en France ? (Metz en fait partie)
Dans cette question de mariages régionaux, la bonne affaire n'est-elle pas de se rapprocher d'une zone plus riche que soi ?
Et au fait, quid des influences transfrontalieres ?
Que de justes remarques ! Tenez, prenons la dernière.

Je vis dans la Grande Région !

Je n'ai pas besoin de me poser la question rituelle de ce blog: "en quoi sommes nous concernés". La réponse est évidente: notre Etat continue à penser la carte de la France de 1870. Laissons là les dormeurs et préparons le réveil.

Au fait, savez-vous que j'habite dans la Grande Région ? Je ne sais pas si tous les habitants de Metz savent ce que c'est. A coup sûr, mes amis de "l'intérieur" l'ignorent. Mais j'ai l'impression que les chefs d'entreprises de ma localité le savent, eux. La Grande Région a son centre à Luxembourg "City"; elle rassemble la Wallonie, le Luxembourg, le Palatinat, la Lorraine, la Sarre. 11,3 millions d'habitants, comparable à l'Ile de France, plus de deux fois Rhône Alpes ...  Elle fut lancée dans les années 60 comme un Programme Européen de Coopération Territoriale. J'ai participé en Juin à un salon qui en est une illustration de bon niveau ... et qui montre que quelque chose existe !
http://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2009-3-page-228.htm
Cette nouvelle région inattendue est financée sérieusement (surtout par le Luxembourg). Ce programme européen est coopératif et non étatique, la culture n'est pas vue comme une idée abstraite mais comme le moyen d'un "melting pot", qui en a tout de même fait une capitale européenne de la culture en 2007, et une occasion d'échanges multinationaux. On y parle quatre langues (français, flamand, luxembourgeois, allemand) mais surtout l'anglais des affaires ... On y croise des délégations économiques de toute l'Europe ... Tiens, j'y ai même croisé des élus de ma ville ...

Cette région a bien plus de chances d'exister que les fantômes proposés à grands renfort de ciseaux, de colle et de compromis de notre gouvernement... et vous savez pourquoi ? Cherchez qui a l'argent !

L'Alsace est déjà un trait d'union avec l'Allemagne et est en voie de rapprochement avec le Bade Wurttemberg ... et non avec la Lorraine qui justement fait partie de cette Grande Région.

Conclusion

Pendant que les derniers feux d'une gouvernance gaullienne devenue velléitaire, pusillanime et désargentée s'expriment dans cet essai mort-né de redécoupage régional, les vrais régions économiques existent déjà: celles des entreprises. Elles sont fondées sur des pôles économiques (la capitale de la Lorraine n'est ni Nancy ni Metz, mais Luxembourg, la capitale de la Haute Normandie n'est ni Le Havre, ni Rouen, c'est Paris ! ).

Il semble que les énarques qui conseillent la "réforme" française pensent avec les concepts d'un monde qui a pris fin. Laissons les se rassurer en dépensant les derniers budgets issus de la dette publique et intéressons-nous à la réalité locale et régionale en émergence fondée non plus sur la carte et les frontières mais sur les réseaux et les flux.

Il est à craindre qu'il en résulte peu à peu une disparition de l'Etat français. C'est dommage, on s'y était attaché ! Mais bon, si nous voulons assurer un avenir à nos enfants, faisons comme nos voisins européens: apprenons le pragmatisme !